Seuil

  • Début du XVIIe siècle. Un jeune homme originaire de la Montagne libanaise est envoyé à Rome pour étudier et entrer au service de la papauté. Avide d'atlas et des découvertes scientifiques d'un temps dominé par Galilée, Raphaël Arbensis ne tarde pas à se détourner de la carrière qui s'imposait à lui, rêvant d'autres vies possibles. De Rome à la république de Venise, puis à Istanbul et Ispahan, de Vicence à Paris et Amsterdam, le voici tour à tour aventurier, diplomate, marchand, côtoyant la famille Barberini et ses papes, Fabri de Peiresc, Borromini, Corneille ou Rembrandt. Ami des peintres, il se mêlera aussi d'astronomie, tâtera de la politique auprès de Mazarin à l'heure de la Fronde, connaîtra la disgrâce et les déceptions amoureuses...

    En une succession de brefs chapitres qui sont autant de miniatures d'une époque tumultueuse et foisonnante, Charif Majdalani conte le roman d'un homme né ailleurs mais fasciné par l'humanisme européen, en quête d'une place dans le monde et d'un bonheur pour lesquels il devra s'affranchir des lois et des savoirs anciens.

  • Tout sourit à Skandar Hayek, homme d'affaires libanais prospère et respecté. À la tête d'un négoce de tissus, il règne d'une main de fer sur son usine et sur son clan, malgré les nuages qui s'amoncellent sur le pays en ce début des années 1960 ou encore, de manière plus prosaïque, les disputes incessantes entre Marie, son épouse, et Mado, son acariâtre de sour. Qu'importe, au fond, quand on se croit éternel, que rien ne dure : il sera bien temps, le moment venu, de se choisir un successeur, entre Noula, ce fils aîné qui ne doute de rien et surtout pas de lui-même, ou Hareth, le cadet, rêveur, épris de livres et de voyages. Depuis la terrasse ensoleillée de la villa familiale où il passe le plus clair de son temps, le narrateur, qui est aussi le chauffeur et le confident du vieux Skandar, observe et raconte cet âge d'or que rien ne semble jamais devoir vraiment ternir, à l'image de la belle Karine, fille chérie du patron. Jusqu'à ce que l'impensable se produise : un matin, le patriarche s'effondre au beau milieu de son usine, devant ses ouvriers médusés. Dans la querelle de succession qui s'ouvre alors, Noula semble tenir la corde, mais à quel prix ? Les femmes, elles, s'entre-déchirent, tandis que Hareth, impavide, est parti au loin, dans une errance qui le mènera jusqu'aux confins d'un orient magnifique et méconnu. Mais les femmes de la villa devront faire taire leurs disputes, déposer Noula, affronter la guerre civile qui éclate, les milices et leurs chefs prédateurs : prendre le pouvoir, en somme.

  • Dans les dernières années du XIXè siècle, dans un Liban qui fait encore partie de l'empire ottoman, Wakim Nassar, fils d'une famille chrétienne des environs de Beyrouth, doit fuir son village à la suite d'une obscure querelle. Reparti de rien, il va introduire au Liban la culture de l'oranger, créer des plantations au centre desquelles il fait bâtir, comme un symbole de sa prospérité, la « Grande
    Maison », fonder une nombreuse famille, bref devenir un notable fastueux et craint, un « zaïm ». C'est l'histoire haute en couleurs de l'ascension, de la grandeur puis de la décadence du clan Nassar, un destin libanais, que conte ce roman. A la fin, Wakim est mort, la Grande Maison menace ruine et les fils quittent l'un après l'autre le Liban désormais sous mandat français pour
    émigrer aux quatre coins du monde. Charif Majdalani, né à Beyrouth en 1960, a quinze ans lorsque éclate la guerre civile. A vingt ans, il part en France et fait ses études de Lettres modernes à l'Université d'Aix-en-Provence. Il y soutient, en 1993, une thèse sur Antonin Artaud. Il revient au Liban la même année. Depuis 1999, il dirige le département de Lettres Françaises de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth. Adepte du métissage culturel, amoureux du baroque, il se définit comme « méditerranéen ».

  • Beyrouth, quartier de Marsad, 1964. Simone, la fille cadette de Chakib Khattar, un notable chrétien issu d'une lignée d'industriels du marbre, est enlevée par Hamid Chahine, bras droit de son père à lusine. Ce rapt amoureux tombe au plus mal pour Chakib, obsédé par la transmission de son patrimoine et qui, face à lincapacité ou à lindifférence de ses héritiers légitimes, a fait de Hamid plus que son homme de confiance : une sorte de fils spirituel. Mais lenlèvement tourne court, après que les deux amants ont tenté de se marier clandestinement. Contraint de chasser Hamid, Khattar voit progressivement se transformer le monde autour de lui. Durant les années suivantes, le Liban senfonce dans la guerre, entre 1975 et la fin des années 1980. Isolé, abandonné par les siens, le dernier seigneur de Marsad est désormais au cur des convulsions dun pays livré aux milices et au chaos.Le vent de lHistoire anime cette fresque romanesque, qui est aussi une fable sur la vanité de la puissance et du pouvoir.

  • Vers 1908-1909, comme tant de ses compatriotes libanais, le jeune Samuel Ayyad s'expatrie. Comme il parle l'anglais, il est recruté comme officier civil par l'administration britannique qui vient de reconquérir le Soudan sur les révoltés mahdistes. Comme il est aventureux et qu'il a la chance de tomber, à Khartoum, sur un colonel anglais anticonformiste, il va devenir une sorte de condottiere, guerroyant aux confins du Soudan, dans le Darfour et le Kordofan. Un jour, son chemin croise celui d'un autre aventurier libanais, Chafic Abyad, qui sillonne déserts et savanes à la tête d'une bien étrange caravane : un palais arabe démonté pierre à pierre à Tripoli, et qu'il espère vendre à quelque roitelet africain. Mais ses entreprises échouent, Samuel finit par racheter à Chafic son palais en pièces détachées, et c'est dans cet équipage qu'il regagne Khartoum puis, descendant le Nil, Le Caire. Son idée fixe est désormais de retourner chez lui, seulement entretemps la Première Guerre mondiale a éclaté, et Beyrouth, qui fait alors partie de l'Empire ottoman, se trouve dans l'autre camp. Avant de revoir son Ithaque, notre moderne Ulysse vivra une Odyssée qui le mènera, toujours accompagné de son encombrant bagage, à travers l'Arabie et la Syrie parcourues par la « Révolte arabe » de Fayçal et Lawrence.

  • Au milieu du XIXe siècle, un homme apparaît avec ses fils dans les montagnes du Liban. Il s'appelle Khanjar Jbeili, mais on le surnommera vite l'empereur à pied. Il est venu pour fonder un domaine et forger sa propre légende. Sa filiation ne tarde pas à devenir l'une des plus illustres de la région. Mais cette prospérité a un prix : l'empereur a, de son vivant, imposé une règle à tous ses descendants : un seul par génération sera autorisé à se marier et à avoir des enfants ; ses frères et soeurs, s'il en a, seront simplement appelés à l'assister dans la gestion des biens incalculables et sacrés du clan Jbeili. Serment, ou malédiction ? Du début du XXe siècle à nos jours, les descendants successifs auront à choisir entre libre-arbitre et respect de l'interdit. Ouverts au monde, ils voyageront, du Mexique à la Chine en passant par Naples et Rome, de la France de la Libération aux Balkans de la Guerre froide en passant par Venise et la Grèce, pourchassant des chimères, guettés sans cesse par l'ombre de la malédiction ancestrale. Jusqu'à ce que, revenu sur le sol natal, le dernier de la lignée des Jbeili rompe avec le passé et ses interdits, à l'aube du XXIe siècle. Mais à quel prix ?

  • Nous sommes dans la décennie qui précède le début de la guerre civile libanaise, en 1975. Fils de filateurs ruinés, le narrateur n'a de cesse qu'il n'ait relevé la fortune de sa famille et conquis, ce faisant, la femme aimée, Mathilde dite " Monde ", que sa pauvreté lui interdit d'épouser. Le voilà commis chez un marchand de tissus, puis secrétaire d'un homme d'affaires. Il a des aventures amoureuses plutôt rocambolesques, tente de diverses pittoresques façons de faire fortune, fréquente des aventuriers, des bandits des souks. Ses entreprises font long feu, jusqu'à ce qu'on lui propose d'aller clandestinement enlever les machines d'une usine textile placée sous séquestre à Alep, en Syrie.Remontées à Beyrouth dans la filature familiale à l'abandon, les machines font bientôt de lui un homme riche et courtisé. Il retrouve Monde, qui devient sa maîtresse. Mais déjà claquent les premiers coups de feu de la guerre civile. L'usine, la maison familiale restaurées sont dévastées par les combats. Qu'importe, au milieu du fracas des armes les machines seront, une fois encore, déménagées et emportées dans la montagne, dans l'espoir que revienne le temps où l'on pourra imaginer " l'avenir et une descendance heureuse " (derniers mots du livre).

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