Belles Lettres

  • Pourquoi le monde semble-t-il se détraquer ?
    Pourquoi, sans raison apparente, un sentiment de désespoir et de frustration se répand-il partout ?
    Pourquoi, dans les pires moments, entend-on ce nom, sans visage et sans origine ?

    QUI EST JOHN GALT ?

    Roman

  • Ciel noir, corps noir, trou noir, matière noire et énergie noire : pourquoi les physiciens éprouvent-ils le besoin de noircir certaines de leurs idées ? Loin d'être anecdotique, cette interrogation permet de traverser l'histoire de la physique et d'en soulever une bonne part des enjeux actuels. L'énigme du ciel noir a préoccupé les astronomes pendant des siècles ; l'étude du rayonnement du corps noir est à l'origine de la révolution quantique ; le trou noir est une singularité cosmique fascinante ; la matière noire et l'énergie noire sont des hypothèses mystérieuses de la cosmologie contemporaine. À partir de leurs disciplines respectives, l'astrophysicien Roland Lehoucq et le philosophe des sciences Vincent Bontems éclairent tour à tour la signification du qualificatif « noir » pour chacune de ces idées. Il ne s'agit donc pas d'un livre de vulgarisation classique, mais d'un dialogue où se répondent la signification scientifique de la couleur noire et la rêverie sur les métaphores ténébreuses. Dans le sillage de Gaston Bachelard, qui fut le premier à pratiquer ainsi en parallèle l'épistémologie et la psychanalyse de l'imaginaire, ces deux chercheurs proposent de manière complice une excursion dans les méandres de la recherche en alternant les éclairages critiques et émerveillés pour en dissiper l'obscurité. Les idées noires de la physique s'y révèlent instructives et inspirantes. Illustré par Scott Pennor's.

  • Quel est le point commun entre l'invention de la roue, Pompéi, le krach boursier de 1987, Harry Potter et Internet ?

    Pourquoi ne devrait-on jamais lire un journal ni courir pour attraper un train ?

    Que peuvent nous apprendre les amants de Catherine de Russie sur les probabilités ?

    Pourquoi les prévisionnistes sont-ils pratiquement tous des arnaqueurs ?

    Ce livre révèle tout des Cygnes Noirs, ces événements aléatoires, hautement improbables, qui jalonnent notre vie : ils ont un impact énorme, sont presque impossibles à prévoir, et pourtant, a posteriori, nous essayons toujours de leur trouver une explication rationnelle.

    Dans cet ouvrage éclairant, plein d'esprit d'impertinence et bien souvent prophétique, Taleb nous exhorte à ne pas tenir compte des propos de certains « experts », et nous montre comment cesser de tout prévoir ou comment tirer parti de l'incertitude.

  • Deux mille ans de monothéisme nous ont habitués à croire que Dieu ne pouvait être qu'unique, exclusif, vrai. En revanche, les polythéismes antiques envisageaient la possibilité de faire correspondre entre eux dieux et déesses provenant de différentes cultures (Zeus et Jupiter, Isis et Déméter), ou même d'accueillir des divinités étrangères dans leur propre panthéon. Cette disposition à l'ouverture fait que le monde antique, même s'il a connu les conflits, voire les carnages, est resté étranger à la violence de nature religieuse qui a ensanglanté les cultures monothéistes et continue de le faire. Serait-il possible aujourd'hui de puiser aux ressources du polythéisme pour rendre plus faciles et sereines les relations entre les différentes religions ? Traduit par Vinciane Pirenne-Delforge.

  • Le 6 juin 1924, 7 000 m d'altitude : deux hommes quittent leur camp perché sur une vire de glace. Objectif : le sommet de l'Everest, encore jamais gravi. On ne les reverra jamais vivants. Avec George Mallory, âgé de 37 ans, le monde perd le meilleur alpiniste britannique de sa génération.
    Qui sont ces hommes qui, quelques années après la Première Guerre mondiale, sont partis au coeur de l'Himalaya, dont il n'existe même pas de cartes ? C'est ce que nous raconte Wade Davis, qui nous emmène de l'Angleterre aux Indes, des tranchées de 14-18 aux confins encore inexplorés du Tibet, des sables ensanglantés d'Irak et de Gallipoli aux sommets immaculés de l'Himalaya.
    Intrigues diplomatiques entre la Grande-Bretagne et la Russie tsariste et bolchevique, négociations secrètes entre le Raj indien et le dalaï-lama : l'aventure de l'Everest ne fut pas qu'un haut fait de l'alpinisme ; après une victoire militaire qui laissait les vainqueurs aussi exsangues que les vaincus, elle représenta, pour les rares soldats revenus vivants mais à jamais meurtris, et pour un pays qui avait perdu toute foi en lui-même, un symbole puissant d'espoir et de rédemption nationale.
    Grâce à Wade Davis, nous découvrons les hommes remarquables qui ont mené cette aventure à bien, anciens soldats pour la plupart, géographes, médecins, explorateurs, naturalistes et alpinistes. Ils ont parcouru à pied, à dos de mule et de cheval des milliers de kilomètres dans un territoire jamais exploré ni cartographié, affrontant les chaleurs de l'Inde et les rigueurs glacées du Tibet, l'oeil fixé sur un nouveau Graal : le sommet de l'Everest.

  • Si l'Enfer est pavé de bonnes intentions, les Enfers gréco-romains sont sertis de chefs-d'oeuvre. Le royaume d'Hadès a inspiré les pages les plus profondes et surtout les plus étonnantes de la littérature antique. L'évocation du royaume des ombres y était un exercice de style, un morceau de bravoure. Poètes et héros ont quitté ce monde depuis longtemps, mais la fraîcheur et l'excellence de leur talent sont diablement vivantes. Parmi ces fleurs maudites, se trouvent aussi bien les larmes d'Orphée que les rires moqueurs d'Aristophane ou la verve de Lucien, la beauté impeccable des vers de Virgile que la laideur si séduisante de ceux de Claudien. Avec des textes de plus de trente auteurs, allant du VIIIe siècle avant J.-C. à l'extrême fin de l'Empire romain, cette Bibliothèque infernale s'adresse à tous ceux qui un jour descendront aux Enfers, c'est-à-dire, selon les Grecs et les Romains, à tout le monde ! Laure de Chantal, directrice de la collection « Signets » invite le lecteur à parcourir cette bibliothèque idéale avec des guides prestigieux comme Homère, Virgile et Dante, mais aussi à écouter les craintes et les plaintes de nos frères Anciens, taraudés comme nous par la question ultime : que se passe-t-il après ?

  • Que d'autres se targuent des pages qu'ils ont écrites ; moi je suis fier de celles que j'ai lues. Fidèle à ces vers de Jorge Luis Borges, Nuccio Ordine nous invite à éprouver la même humble fierté en nous donnant à lire (et à relire) quelques-unes des plus belles pages de la littérature. Après le succès international de L'Utilité de l'inutile (best-seller traduit en dix-huit langues), Ordine poursuit son combat en faveur des classiques, convaincu qu'un bref extrait (brillant et sortant des sentiers battus) peut éveiller la curiosité des lecteurs et les encourager à se plonger dans l'oeuvre elle-même.

  • Être cartésien : aucun sens ? 21 idées qui ont la vie dure, répertoriées avec impertinence et démontées avec méthode.

    Aucun philosophe n'est plus connu que Descartes, et aucun n'est plus mal connu. Chacun croit savoir ce qu'il a dit, et beaucoup se dispensent de le lire.

    En vingt et un chapitres clairs et vifs, qui touchent aux différentes parties de l'oeuvre (méthode, métaphysique, physique, morale), ce livre dresse un tableau des méprises les plus constantes et présente les textes de nature à les dissiper.

    La raison cartésienne n'est pas sèche et doctrinaire comme on l'imagine : elle est exceptionnellement réfléchie et par là toujours exemplaire.

  • Après avoir passé la littérature mondiale à la moulinette de leur humour absurde grâce au blog Les Boloss des Belles Lettres, Michel Pimpant et Quentin Leclerc récidivent et investissent le catalogue de la prestigieuse et respectable collection des Universités de France des éditions des Belles Lettres ! Avec IOLO (cri d'extase bachique signifiant « on ne vit qu'une fois », que certains érudits rappeurs abrègent en YOLO), ils proposent 50 résumés inédits de grands classiques grecs et latins avec en exclusivité mondiale le résumé d'un ouvrage que l'on croyait définitivement perdu : le livre 2 de la Poétique d'Aristote.

  • Marié trois fois, époux fidèle mais ayant vécu deux longues périodes de célibat, Ovide passe pour un expert en sexualité grâce à son Art d'aimer (Ars amandi), dont le succès ne s'est pas démenti en deux mille ans grâce à sa réputation de poème « érotique ». En réalité L'Art d'aimer, écrit pendant le second célibat, est indissociable de son complément et antidote Les Remèdes à l'amour, composé à la même époque. Et ces deux ouvrages, rédigés ironiquement en forme de traités, tirent leur substantifique moelle des Amours, carnet de jeunesse datant du premier célibat, amputé par l'auteur des deux cinquièmes par rapport à sa première édition (perdue), mais foisonnant encore d'une grande variété de récits narrés avec la même froideur que si l'auteur s'était pris lui-même pour objet d'analyse scientifique. Ainsi, cette trilogie mérite bien d'être titrée de De l'amour, d'autant plus qu'Ovide y dépasse l'objectif que Stendhal se fixera dix-huit siècles plus tard : non content d'observer et de décrire le sentiment amoureux (cristallisation incluse), il le dompte, le domine, offrant à ses élèves des deux sexes, sous l'apparence d'un pittoresque et plaisant badinage, tous les éléments d'une diététique des passions résolument moderniste, libertaire et morale.

  • L'originalité de cet ouvrage tient en trois caractères :
    - le texte des actes du procès de Rouen est intégral, vérifié aux meilleures sources, complété quand c'est nécessaire par les dépositions du procès d'annulation ;
    - l'auteur conduit le lecteur dans la salle d'audience et, fort de son expérience d'avocat de causes criminelles et politiques, lui explique le déroulement de l'affaire, la stratégie des juges et celle de Jeanne ;
    - au fil du déroulement des séances du procès, le lecteur fait vraiment connaissance avec Jeanne. L'accusée lui apparait dans toute sa vivacité, son charme, son audace et aussi, ses faiblesses ; la beauté de la langue qu'elle emploie, la précision de sa mémoire et la profondeur, théologique, voire mystique, de ses réponses la font vivre aujourd'hui aussi présente qu'il y a presque six cents ans.
    Dans un « envoi » en forme de conclusion, l'ouvrage dessine les traits intemporels de Jeanne, aussi actuels aujourd'hui qu'en son temps.
    Les questions que ses juges lui posent sont celles que son histoire nous inspire encore. Jour après jour, Jeanne se fait plus présente à nous et, dégagée de toutes les controverses, caricatures ou raideurs hagiographiques, elle vient à notre rencontre, encore plus jeune et plus entrainante que nous l'imaginions.
    Sainte-Beuve disait que toute famille française devait avoir dans sa bibliothèque la Bible et Les fables de La Fontaine. Il faut y ajouter, comme livre indispensable à la compréhension de notre histoire et de notre être, le procès de Jeanne d'Arc.

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  • Au cours de l'histoire occidentale, les clés des songes se sont proposées d'apprendre à interpréter certains rêves en leur donnant un sens prémonitoire. Ce livre porte sur l'histoire de longue durée, de l'Antiquité jusqu'à Freud, d'un genre d'écrit qui revendique l'héritage de l'art d'interpréter les songes (ou onirocritique). Résolument historique et faisant appel à des spécialistes reconnus de chaque période étudiée, il suit, selon un fil chronologique, le genre des clés des songes, très lu et très vendu, sur lequel il n'y a pas eu, jusqu'à présent, de travaux de cette ampleur. Les différents chapitres explorent le style et la forme, en même temps que les usages médicaux, pratiques, prophétiques, ésotériques, religieux, personnels, ludiques, qu'ont pu avoir les clés des songes. À travers ce parcours, se dessine l'histoire d'une tradition et d'une mémoire qui se sont transmises, sédimentées et transformées, mais aussi celle d'un infléchissement de longue durée, plus ancien que ce que l'on pourrait croire. L'idée que certains rêves puissent être signes et causes de l'avenir s'est en effet déplacée aux marges de la science légitime et les clés des songes ont été rejetées dans le domaine du populaire et du superstitieux. Mais l'onirocritique a été, au même moment, partiellement réhabilitée par Freud, qui a voulu développer une nouvelle pratique et un nouveau savoir redonnant sens à toutes les visions et voix nocturnes et non plus à quelques-unes, en fonction du passé et non de l'avenir du rêveur. Jacqueline Carroy et Juliette Lancel (Centre Alexandre Koyré : EHESS, CNRS et MNHN) travaillent ensemble et ont publié sur l'histoire des rêves au XIXe siècle et à l'époque classique. En même temps que leurs propres contributions, ce livre rassemble et met en dialogue des textes de spécialistes d'époques et d'aires géographiques variées : Vincent Barras, Julien du Bouchet, Nicole Edelman, Claire Gantet, Guillaume Garnier, Andreas Mayer, Jean-Claude Schmitt et Andrei Timotin.

  • Ils ont été pharaons, empereurs romains, rois de France, croisés, missionnaires, conquérants, bâtisseurs de palais et de cathédrales, découvreurs de mondes nouveaux. Ils ont connu l'ivresse de la gloire, l'amertume de la défaite, ils ont peiné dans les travaux. Ils ont incarné l'aventure de l'Occident jusqu'aux extrémités de la terre, ils ont dû faire face à la barbarie, à la guerre, à la terreur et à la tyrannie totalitaires. De la profondeur de l'Égypte ancienne aux conflits qui ont ouvert le XXIe siècle, ils offrent la plus étonnante des galeries de portraits. Marc Aurèle y croise Christophe Colomb, Louis XVI, Honoré d'Estienne d'Orves ou Hélie de Saint Marc. Ils forment la compagnie des ombres, surgie du passé pour nous offrir un tête à tête. Un dialogue singulier avec les morts. L'histoire est trop souvent traitée comme un cadavre par des médecins légistes si attentifs aux organes qu'ils prélèvent sur le corps dont ils font l'autopsie que leur échappe son mystère, ce qui lui donnait sa vie même. Elle est, ailleurs, considérée comme le divertissement d'un jour, l'occasion d'une promenade sans enjeu. Les textes réunis ici comme en un recueil de nouvelles voudraient s'inscrire dans une autre tradition, celle d'une histoire méditative : une histoire tournée vers la recherche de ce qu'elle a à nous dire d'essentiel, de vital sur nous-même. Ils se proposent de convoquer les ombres du passé pour nous donner à contempler ce qui n'est pas mort avec elles. Nous doutons aujourd'hui que l'histoire puisse être maîtresse de vie : « magistra vitae », disait Cicéron. Nous voulons croire que nous n'avons plus rien à apprendre d'elle. Il nous manque d'avoir les yeux ouverts sur ce qui fait échapper ses protagonistes à leur condition mortelle ; ce qui leur donne leur part d'éternité.

  • En 1883, Pierre Loti assiste, du pont de son navire, à la prise des forts de Huê. La France conquiert l'Annam. Le récit de la bataille paraît quelques semaines plus tard dans Le Figaro. C'est un scandale. Loti est accusé de discréditer les marins et les soldats français. Sommé d'en interrompre la publication, il est rappelé à Paris et sanctionné. Que s'est-il passé ? Le jeune écrivain a-t-il montré ce qu'on a pris l'habitude de cacher à la guerre : les atrocités, la cruauté, la folie des combattants ? Ou s'est-il laissé emporter par son imagination et ses procédés de romancier ? En historien, Sylvain Venayre mène l'enquête sur une affaire dont les enjeux littéraires et politiques nous concernent encore. Car que peut-on savoir exactement des guerres qui sont menées, au loin, en notre nom ? Sylvain Venayre est professeur d'histoire contemporaine à l'université Grenoble-Alpes. Avec ce livre, il poursuit ses recherches sur l'histoire de la sensibilité au lointain (La Gloire de l'aventure, 2002 ; Panorama du voyage, 2012 ; Écrire le voyage, 2014) tout autant que ses travaux sur le renouvellement en cours des poétiques de l'écri-ture historique (Le Dossier Bertrand, 2008 ; L'Histoire au conditionnel, 2012 ; Disparu !, 2012 ; Les Origines de la France, 2013).

  • « Cher Monsieur, J'ai vu vos films Rome, ville ouverte et Paisa, et je les ai beaucoup aimés.
    Si vous avez besoin d'une actrice suédoise qui parle très bien l'anglais, qui n'a pas oublié son allemand, qui n'est pas très compréhensible en français et qui, en italien, ne sait dire que Ti amo, je suis prête à venir faire un film avec vous. » Ingrid Bergman Ingrid Bergman, née le 29 août 1915 à Stockholm, est orpheline de mère à trois ans et de père à treize ans : son éducation est assurée par une tante puis par un oncle. Elle entre à la Kungliga Dramatiska Teatern or Dramaten et joue pour la première fois dans un film en 1932. Remarquée par Gustaf Molander, avec qui elle collaborera de nombreuses fois, elle enchaîne les tournages. Commence alors une irrésistible ascension qui la fera passer, grâce au remake d'Intermezzo en 1939, au statut de star hollywoodienne, puis d'icône mondiale. Elle tourne avec les plus grands acteurs (Humphrey Bogart, Gary Cooper, Cary Grant), sous la direction des plus grands réalisateurs (Victor Fleming, Sam Wood, Alfred Hitchcock, Ingmar Bergman). Elle reçoit deux fois l'Oscar de la meilleure actrice pour ses prestations dans Hantise en 1944 et Anastasia en 1956 (elle obtiendra une troisième statuette de la meilleure actrice dans un second rôle pour Le Crime de l'Orient-Express en 1974) mais son nom reste à jamais associé, dans la mémoire collective, au chef-d'oeuvre absolu qu'est Casablanca. Cette actrice exceptionnelle est aussi une femme libre : elle scandalise les ligues de vertu en se détachant de son premier mari et de sa fille en 1949 pour vivre son amour avec le réalisateur italien Roberto Rossellini, et sera sommée de ne plus reparaître aux États-Unis durant plusieurs années. Lorsqu'elle meurt à Londres, en 1982, sa mémoire est néanmoins unanimement honorée. Elle est toujours considérée comme l'une des plus grandes actrices de l'histoire du cinéma.

    Marine Baron a été élève de l'École du Louvre, du CELSA et de Saint-Cyr.
    Officier de Marine puis élève-officier dans l'armée de Terre, elle a travaillé dans l'industrie. Étudiante en droit aux universités Panthéon-Assas et Panthéon-Sorbonne, elle prépare également une thèse d'histoire. Elle a écrit un récit autobiographique paru chez Denoël en 2009 : Lieutenante.

  • Le Gorgias est probablement le plus violent des dialogues de Platon : on se coupe la parole, on refuse de répondre, on se met en colère, on se moque, on s'insulte et pour finir on se menace de mort et de châtiments éternels. C'est que l'enjeu est de taille : qui doit décider de l'usage légitime du logos ? Le philosophe ou l'orateur ? Dans le Gorgias, Platon développe un plaidoyer puissant pour faire de la philosophie la seule instance apte à décider du vrai et du juste. Ce faisant, il impose une conception de la vérité qui exclut une autre forme de discours qui rivalisait avec elle ; les sophistes et autres orateurs qui avaient été dotés par Gorgias de tous les pouvoirs sont rejetés du côté d'une rhétorique réduite à une simple pratique routinière au service de la volonté de domination. Donner à lire ensemble le Gorgias de Platon et l'Éloge d'Hélène de Gorgias, c'est se replonger dans le débat toujours actuel entre la philosophie et la rhétorique : faut-il accepter, avec Platon, d'opposer volonté de savoir et volonté de pouvoir ? Stéphane Marchand est docteur en philosophie et professeur agrégé à l'ENS de Lyon où il enseigne les humanités numériques et la philosophie ancienne. Ses recherches portent sur le scepticisme antique. Pierre Ponchon est professeur agrégé et docteur en philosophie. Ses travaux portent sur l'invention de la philosophie politique dans l'Antiquité, en particulier chez Platon et chez Thucydide.

  • Un manuscrit médiéval montre deux Augustin offrant un volume des Confessions à Dieu. L'un tient l'extrémité du rouleau des mémoires qu'il confesse à son Seigneur. L'autre, à la droite du Maître, porte une mitre et une crosse : c'est l'Augustin d'après 395, date de son élévation à l'épiscopat. Celui-ci en est l'auteur. Celui-là en est le sujet et la matière. Peut-on légitimement parler de deux Augustin ? Le premier qui serait l'homme d'avant 395, amoureux de la culture classique, et le second, devenu pleinement chrétien, qui serait l'évêque ? Dans cette biographie nourrie de récits qui l'apparentent à une véritable enquête, Stéphane Ratti part à la recherche du moment où Augustin a définitivement quitté ses habits d'intellectuel et renoncé aux charmes païens des études libérales pour devenir chrétien. Loin des habituelles hagiographies, Ratti considère l'homme avant le saint, le « premier Augustin ». Car la conversion au jardin de Milan, dont il propose une lecture renouvelée, ne fut sans doute pas décisive, et la rupture plus tardive qu'on ne le pense.

  • Dans le passé, le Tibet vécut isolé du reste du monde pour des raisons qui tiennent essentiellement à sa situation géographique. Il s'ensuivit qu'en plus d'avoir à baigner dans une sorte de mystère, notre pays, notre peuple et notre culture pâtirent également d'être les victimes d'une profonde méconnaissance. Plus récemment, l'intérêt grandissant suscité par le Tibet s'accompagna d'une surprenante multiplication des études académiques dont il devint l'objet, avec toutefois la particularité que celles-ci étaient le plus souvent limitées à des domaines hautement spécialisés. À l'inverse, ce que Matthew Kapstein nous livre ici, au fil d'un ouvrage copieux, est le fruit d'une investigation panoramique - les Tibétains et leur civilisation - menée dans une perspective historique elle-même d'une très grande ampleur. L'expertise et la clarté qu'a su apporter l'auteur à son écrit résultent d'une longue amitié tissée avec le Pays des neiges et son peuple dont il est un observateur attentif. Sa Sainteté le Dalaï-lama Éminent spécialiste du bouddhisme, tibétologue et indianiste, Matthew T. Kapstein est directeur d'études au sein de la Section des sciences religieuses de l'École pratique des hautes études de Paris et Numata Visiting Professor à l'université de Chicago. Il dirige également depuis 2009 l'équipe Tibet, Bhoutan et aires culturelles tibétaines du Centre de recherche sur les civilisations de l'Asie orientale. Il est notamment l'auteur de Reason's Traces : Identity and Interpretation in Indian and Tibetan Buddhist Thought (2001) et Buddhism Between Tibet and China (2009).

  • L'autodafé symbolique a commencé. La nuit tombe sur l'esprit. Une fournaise barbare s'élève dans le pâle horizon de la culture. Le papier brûle. Les livres brûlent. Nos livres. Nos bibliothèques, emportées par la Vague numérique. Sur leurs ruines, on construit des « troisièmes lieux », des « hyperlieux », des « learning centers », des « bibliothèques 2.0 ». On ne jure que par la « dématérialisation ». Tout doit être immolé d'urgence à l'Écran Total ; et tant pis si la civilisation de l'imprimé s'effondre, tant pis si les lecteurs sont consumés par la flamme innovante. Le Progrès n'est pas nostalgique. On oubliera. On peut tout oublier. Qui regrettera le passé ? Il n'y a plus de « temples du savoir », mais des biblioparcs où l'homme moderne assouvit son besoin de distractions ; il n'y a plus de « gardiens du Livre », mais des techniciens enragés, fossoyeurs de leur propre héritage.


    Virgile Stark est bibliothécaire. Il a passé plus de dix ans à la Bibliothèque nationale de France, au coeur des grandes mutations du livre et du projet numérique.

  • Un nouveau mode de rapport au monde est né en Grèce ancienne :
    L'attitude critique, laquelle a marqué durablement l'histoire occidentale pour ensuite s'imposer de plus en plus à l'échelle mondiale. Dès ce moment beaucoup s'est joué, car l'indépendance de la pensée, le rapport questionnant au monde, le pur intérêt pour le connaître, la tradition de la discussion critique et du franc-parler individuel - c'est-à-dire la tradition du rapport critique à la tradition - allaient non seulement pénétrer à l'intérieur même des doctrines juive, chrétienne et musulmane pour en infléchir le cours, mais gagner à l'époque moderne puis contemporaine leur espace propre dans la Cité. Inventeurs de la démocratie et de la philosophie, les Grecs ont donné naissance à cet ethos-critique dont le mode d'être, le pli culturel si l'on veut, n'allait plus nous quitter.
    En dépit des détours et de tous les méandres, les Lumières du XVIII e, de même qu'auparavant la Renaissance, se comprennent donc comme les fruits lointains des Lumières antiques. Dit autrement, il n'y a rien d'absolument inédit dans la critique générale des croyances et l'athéisme moderne lui-même, dans la recherche d'un fondement anthropologique à la Cité et à ses lois, dans la découverte de la relativité des connaissances mais aussi des valeurs d'une culture à l'autre, dans l'exercice de la libre pensée, dans le questionnement radical porté sur la nature du lien politique et les meilleurs moyens d'assurer le bien-vivre-ensemble mais quelque chose comme le prolongement et l'élargissement dans l'espace moderne, de ce dont l'Athènes démocratique a fourni le premier germe et la première impulsion. À relire les Grecs, génération après génération, tous à des degrés divers, Romains, Juifs, Chrétiens, Musulmans, etc., s'inoculèrent et se transmirent les uns les autres ce germe critique qui, selon les différents sols et les différentes périodes historiques, épousa des formes variées.
    Le présent essai propose donc une relecture du monde moderne fondée sur une réinterprétation de l'input antique grec, une analyse qui tient compte de la nouvelle humanité, critique et réfléchie, découverte en Grèce, et qui prend donc ses distances vis-à-vis des approches proposées par des auteurs comme H. Blumenberg (la Modernité relève d'une auto-affirmation absolument originale, d'une curiosité théorétique sans précédent dans l'histoire), M. Gauchet (le désenchantement du monde est un phénomène essentiellement moderne, la démocratie d'aujourd'hui tout autre chose que la démocratie antique), et R. Brague (l'Occident tient davantage de la Rome christianisée et hellénisée que d'Athènes). À partir de l'examen de cas concrets, tels que l'idée de créativité artistique dansl'Antiquité, l'agnosticisme ou l'athéisme, la satire sociale tous azimuts d'un Lucien de Samosate, on peut constater que la culture contemporaine n'est pas essentiellement différente mais reprend bien plutôt le fil d'interrogations et d'audaces anciennes.
    Le monde moderne a rompu avec certains aspects de sa tradition, mais il n'a pas rompu avec son passé, celui plus ancien, qu'il redécouvre de manière plus libre aujourd'hui. Le but de l'ouvrage n'est d'ailleurs aucunement de sacraliser l'hellénisme, mais de montrer que le potentiel critique, inscrit dans la dynamique même de cette culture, peut nous aider à mieux façonner la société ouverte de demain.

  • Le christianisme a-t-il été une menace pour la culture gréco-romaine ? Au-delà de ce questionnement, ce livre engage une réflexion sur le rapport du christianisme naissant avec l'idée même de culture, telle qu'elle existait avant le christianisme et telle qu'elle s'est modifiée par la suite. En passant en revue chacune des disciplines du septénaire constituant les arts libéraux, c'est-à-dire le socle culturel de tout lettré que les Grecs nomment egkuklios paidéia (grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, musique, astronomie), ce livre montre que, si la culture grecque suscite des oppositions - elle apparaît souvent comme l'expression du polythéisme ou des prétentions des Grecs à atteindre le savoir sans Dieu -, elle peut aussi être défendue par les chrétiens en tant qu'elle forme l'esprit et le rend capable de comprendre les données de la foi. Les auteurs patristiques reprennent ainsi à leur compte une conception ancillaire de la culture qui avait déjà cours dans certains courants philosophiques grecs, mais qui suppose un tri : la culture peut servir d'introduction à la foi, à condition qu'on n'en prenne que ce qui est bon.
    Mais au-delà de cette réflexion qui vise à déterminer ce qui, de la culture, doit être sauvé ou rejeté, les auteurs chrétiens tendent à présenter la doctrine chrétienne comme une culture à part entière, et dissocient pour la première fois dans l'histoire la notion de culture de celle d'hellénisme. Paradoxalement peut-être, ils donnent ainsi corps à une idée de culture globale dont christianisme et hellénisme n'apparaissent en définitive que comme deux composantes possibles. La réflexion des auteurs chrétiens aboutit donc à la fois à une relativisation du concept de culture - passage de la culture, forcément grecque, aux cultures, la grecque et les barbares - et à son extension - passage de telle ou telle culture à la culture en général : devient « culture » tout ce qui contribue à nourrir l'esprit, qu'il soit grec ou non. Le christianisme, à l'issue de cette étude, n'apparaît plus tant comme un obstacle à la transmission de l'idéal grec et romain de culture que comme un vecteur essentiel dans la façon dont la notion de culture s'est frayée un chemin jusque dans la Modernité.

  • Sommes-nous vraiment capables de distinguer le génie visionnaire de l'imbécile chanceux?

    Pourquoi nous obstinons-nous à vouloir trouver des messages sensés dans des évènements dus au seul hasard?

    Et n'aurions-nous pas une fâcheuse tendance à ordonner le réel selon une routine mentale biaisée, plutôt que de le voir tel qu'il est, avec toute son incertitude?

    S'inspirant de disciplines aussi diverses que la littérature, la philosophie, la théorie des probabilités, la science cognitive et la finance, Nassim Nicholas Taleb montre comment notre esprit nous conduit à voir le monde, et en particulier les mécanismes de la Bourse, comme beaucoup plus prévisible qu'il ne l'est...

    Nassim Nicholas Taleb étaye sa démonstration sur maintes anecdotes significatives et analyse la pensée et les actes d'individus qui ont su, chacun à sa manière, comprendre la chance: Karl Popper, le philosophe du savoir, Solon, l'homme le plus sage de la Grèce, le financier George Soros ou le voyageur Ulysse, nous emmenant de la cour de Crésus à la salle des marchés de Wall Street via la méthode de Monte-Carlo et la roulette russe...

    Réflexion essentielle, mais écrite avec un humour constant, ce livre remet en cause nos idées reçues sur nos représentations du monde et nous montre comment, malgré notre ignorance du hasard sauvage qui gouverne l'univers, nous pouvons quand même y vivre bien.

    Vendu à plusieurs milliers d'exemplaires en France et traduit en 27 langues, Le Hasard sauvage constitue la pierre d'angle de la pensée de Nassim Nicholas Taleb, l'auteur du Cygne Noir, best-seller mondial (plus de deux millions d'exemplaires vendus). Aujourd'hui plus que jamais cet opus I est d'une pertinence admirable.

  • Clair, ludique et concis, ce Guide de l'Antiquité imaginaire livre une indispensable réflexion sur l'usage de la fiction à l'antique, depuis le début du XIXe siècle, et un mode d'emploi commode pour exploiter les ressources actuelles - et disponibles - de cette fiction. Ont été ainsi recensés et commentés plus d'un millier de titres de romans, de films et de BD. Il était temps de montrer que le sérieux universitaire n'est pas incompatible avec l'apparente fantaisie du roman historique, du cinéma ou de la bande dessinée. Et que la réalité ne peut se passer du rêve. De l'Atlantide à Byzance, en passant par Thèbes, Jérusalem, Athènes et Rome. Claude Aziza, maître de conférences honoraire de langue et littérature latines à la Sorbonne Nouvelle (Paris III), historien de l'Antiquité fantasmatique, s'intéresse à toutes les formes, littéraires et artistiques, de la fiction sur l'Antiquité. Nouvelle édition revue et augmentée.

  • Publié en 1938, un an après la mort de son auteur, l'historien et philosophe Élie Halévy, L'Ère des tyrannies a été élaboré par ses proches afin de transmettre une pensée essentielle à la compréhension de la crise mondiale née de la Grande Guerre et de la terreur révolutionnaire. Cet ouvrage qui propose une analyse inédite de l'émergence des États totalitaires en Europe donne aux États démocratiques des armes intellectuelles pour combattre un phénomène jamais observé dans l'histoire, rapprochant des régimes d'idéologies ennemies dans un même système de négation de la liberté individuelle et de la raison critique. Pour apprécier la portée conceptuelle et l'historicité des thèses d'Élie Halévy, la réédition du texte princeps est accompagnée d'un corpus documentaire de grande ampleur qui démontre la genèse de la pensée halévyenne et son impact sur la résistance antitotalitaire depuis la Première Guerre mondiale. Édition établie par Vincent Duclert et Marie Scot. Vincent Duclert, historien, membre du Centre d'études sociologiques et politiques Raymond-Aron, enseigne à l'École des hautes études en sciences sociales. Marie Scot, historienne, est enseignante à Sciences Po et chercheuse au Centre d'histoire de Sciences Po.

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