La Meche

  • L'éditeur de La Mèche lente, a un avis sur l'ouvrage de Denis Montebello, "Ce vide lui blesse la vue", qu'il publie en mars 2018 :

    L'époque, convertie à la politique sanitaire de l'effacement des traces, de l'arrachage des racines & des souches, du recouvrement de vestiges à peine documentés sous l'asphalte des architectures somptuaires et des incessants grands travaux municipaux, semble n'espérer la fin de l'Histoire, telle qu'elle est connue, que pour la remplacer par une version abrégée, écrite dans la langue des signes des programmes informatiques.

    On n'explique pas mieux le désintérêt à peine poli qu'inspirent à l'esprit contemporain l'anthropologie, regardée comme fastidieuse, la paléographie, sous les voûtes froides des abbayes désertes, l'ethnologie, aventureuse et à risques, et, en règle générale, tous les savoirs perpendiculaires auxquels l'économie du moindre effort sous assistance technologique préfère désormais le catalogue des chambres à coucher princières, des anecdotes pourvu qu'elles soient courtes, et la promotion proto-touristique des éléments les plus remarquables du Musée national, rénovés dans l'état minimal où ils peuvent encore être compris, laqués par le vocabulaire monocorde des guides de voyage.

    Soit ce que le lecteur un peu libre, n'en croyant pas ses yeux, ne trouvera pas dans le récit de Denis Montebello, écrivain de tempérament dont tous les livres, soignés et facétieux, révèlent une inquiétude de l'inventaire, le souci de répertorier ce qui est inédit, cocasse, sensible ou comestible, gallo-latin, d'art brut, porte, puits, nom d'homme ou registre obituaire, claustra, clé de voûte ou celle-ci en pénétration, pierre de pré, milliaire ou de patte-d'oie, os paléochrétien, menus et listes des soupes, inscriptions et tessons, fragments et cassons peints ; toutes choses que cet archéologue sublunaire conserve et nettoie à l'alcool d'un style si fin qu'elles devraient durer encore un peu, après & malgré nous.

    Une enquête, une fouille sur le terrain, in situ, et littéraire « pour ne rien arranger », menée autour de la brique - si licencieuse, grossière, si évocatrice - dite d'Ateuritus, n'était pas, dès le manuscrit, pour nous déplaire : c'était jeter, à notre façon, un pavé dans une petite mare ; c'était aussi nous laisser croire encore à la possibilité, à la consolation, dans l'équation de la vie moderne, de quelques invariables.

  • "Diogène ou la tête entre les genoux" réunit en un volume, augmenté des croquis à la main du graphiste Matthieu Viellot, les réflexions, les aphorismes, les pensées, d'un poète au grand air en son jardin, estimant que "ce qui passe et se passe dans les cinq ares du potager est toujours à venir, le passé ne reste pas inerte, il est travaillé comme un terreau nourricier par le jardinier toujours en avance sur le présent." Chaque matin, une fois le café avalé et après avoir bourré la première pipe de la journée, Diogène fait un tour au potager, qu'il vente, pleuve, neige ou fasse déjà grand soleil. Sans idée préconçue ni plan de conduite déterminée, une rencontre en toute simplicité dans la fraîcheur ouverte du monde qui s'éveille. « Je me passe d'outil, l'oeil suffit », Diogène reprend à son compte le précepte d'un jeune stoïcien hilare, Denis Guillec. Le regard surprend les questions ordinaires du jardin. Dans la journée, le jardinier prendra en mains l'outil adapté aux réponses possibles.

  • À sa façon délicate et mesurée, Jean-Jacques Salgon avait dans l'idée de célébrer les si particulières journées de Mai 1968, telles qu'elles se déroulèrent à Lyon. Sa commémoration est ici l'occasion d'une suite de souvenirs, cent exactement, qui ont tous à voir, de préférence à un cumul de dates et de faits, avec le sentiment, les sensations, les impressions et les teintes du nuancier de cette histoire qui se faisait alors, sous ses yeux, en sa présence. Certes, le temps a adouci les élans et calmé les enthousiasmes ; demeure, toutefois, au fil de ce petit livre agrafé, la jolie mélancolie des choses vécues.

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  • Charles-Louis-Napoléon Bonaparte, dit Monsieur « Oui-Oui », alias Napoléon III, comme tous les monarques venus sur le tard, se distinguait par des pensées de longue haleine, que la fréquentation des libéraux, des antipapistes, des socialistes utopiques, les bannissements, les conjurations et leurs revers, les voyages forcés, avaient exagérées, ou déformées : c'est ainsi que, soumis à tous les vents des regrets ou de l'amertume, son esprit contracta, durant l'exil à Londres, la fièvre tenace du Modernisme, qui réconciliait alors en la cité anglaise les bienfaits de l'Industrie et ceux des Bénéfices, les avancées des Techniques et un souhait nouveau d'Hygiène - le Progrès, en somme. Aussi, malade enthousiaste de toutes ces visions d'avenir, s'inquiéta-t-il, dès son retour en France, du moins lorsqu'il en conquit le trône par la force en 1851, d'aérer sa capitale ; de la tourner, par des aménagements résolus, vers un confort moderne que la condensation populeuse, accusée par les sciences d'infections et de leur propagation, d'un Paris resté dans son jus médiéval, empêchait jusque-là. Lui-même fit, à main levée, quelques dessins d'architecture. Plus sûrement, il délégua à des techniciens le soin de lui dégager des avenues, propices à la parade et aux ovations (outre qu'elles contrariaient l'émeute spontanée et dissuadaient l'embuscade) et choisit Haussmann, Georges Eugène, un enfant de la préfectorale, très-ambitieux en toutes choses, afin d'élargir et peaufiner le premier coup de crayon que le baron d'emprunt avait acéré et sans remords. Nommé Préfet de la Seine, il se fit en la matière l'exécuteur zélé des hautes idées de l'empereur progressiste. La suite est connue, du pouvoir de modification que Haussmann eut sur l'entièreté du paysage parisien, de l'arasement des quartiers, des tracés au cordeau, des lacérations, des ouvertures, et, en tout, de l'émergence d'un style dans lequel Paris se fit une toilette du dernier chic et de réputation mondiale (que le touriste surnuméraire du XXIème siècle contemple encore). L'empereur, qui croyait en un capitalisme bienfaiteur, de mécénat, par ruissellement, convia de bon coeur à ses grands plans la banque et la finance : elles y vinrent, affamées et, à leur suite, les affairistes pullulèrent comme mouches sur la viande, le cours de la pierre à tailler s'envola, les édiles et la bureaucratie dérogèrent dans le négoce des lots. Les travaux allaient au train des fortunes, et des scandales. Les protestations affluaient, ensevelies sous les maçonneries et l'évidence irréparable des effacements. Haussmann, à bâtir d'arrache-pied, manquait parfois d'espaces, non d'inspirations : il eut la révélation, d'apparence farfelue, contre l'avis d'abord général, d'exiler les cimetières intra-muros vers la grande périphérie. Cette décision considérable n'eut aussitôt guère de contestataires ; et c'est initialement seul que Victor Fournel, historien énamouré du vieux Paris et de ses rues et de son peuple, érudit pointilleux, journaliste sous pseudonyme, critique averti, homme de peu et d'allure dépareillée, s'inquiéta de dénoncer, pendant qu'il était temps, l'absurde et les ridicules qui entouraient cette étonnante et monstrueuse « déportation des morts », dont à sa manière sans-pareille, méthodique, documentée, enjouée, allusive, féroce, cet obscur chroniqueur de la Ville, touché au coeur, fit le procès implacable. De guerre lasse et après tout ce bruit, les défunts, y compris les plus récents, furent conservés en les murs.

  • Centre-Sud. Entre la Sainte-Catherine, Mel et Jo, les putes travesties, et le parc
    jonché de seringues, Aïcha traîne son enfance cassée par son beau-père. Elle
    rencontre Baz et devient amoureuse. Une chose grave leur arrivera. Pour sauver
    sa peau, pour protéger Baz, Aïcha, forcée de s'expliquer à une travailleuse sociale,
    revoit son histoire et multiplie les versions des faits. Dans un monde si mal foutu,
    qui dit vrai et qui peut dire où se situe la réalité ?
    Une confrontation déchirante et drôle où l'émotion court. La langue à fleur de peau de Et au pire, on se mariera se trouve à la croisée du romanesque, du théâtre de rue et de la déposition.

  • Un folklore, sous nos latitudes, pourvu qu'il soit sincère, demeure une tragédie locale irrésolue à laquelle les populations qui s'y adonnent ont conféré au fil des siècles, par le jeu, par le rire, la danse, la musique, des gestes répétés et de vifs coups de pied sur la Terre, l'allure d'une fantasquerie sérieuse. Les religions ont bien pu enduire le moindre élément du décor d'un émail à leur convenance, le goût moderne astiquer la coutume et la couvrir de vêtements synthétiques, la science même lui adjoindre des machineries et l'odeur du fuel, le coeur pur sentira toujours, dans la liesse et le rassemblement, remuer encore l'inquiétude des ancêtres, trembler sourdement le voeu du retour des saisons, des ciels, des animaux, des oiseaux, de toutes les bonnes vieilles forces qui échappent ; leur exultation. Ici, la parade et la procession, l'excès de la joie, l'ivresse, l'hébétude, la frénésie, l'euphorie, toute la panoplie des subterfuges en somme, cherchent invariablement à réveiller, une dernière fois, malgré le suaire de plomb de ce progrès qui l'a tué, un monde qui longtemps s'était présenté aux hommes sous l'aspect d'un mystère cohérent. Certes, l'esprit nouveau proteste : on sait depuis quels promontoires le technicien, la bureaucratie de l'intelligence, la haute étude, la bourgeoisie de synthèse, regardent la reconduction, même provisoire, le temps du dimanche, le temps d'un répit, des temps anciens. Demain est, à l'entame du troisième millénaire, un acide qui se crache à la figure des gens fatigués. Il arrive pourtant que cette époque sans reculs s'injecte, tant elle est imprévisible, son antidote ; qu'elle est à s'effrayer, à lâcher la bride à des ligues de chics types, à des comités des fêtes, à des musiciens des rues qui, sous le couvert de la représentation culturelle, dissimulaient une identité de séditieux. Un plaisant festival en terre de Sicile peut dès lors devenir, si l'on n'y prend garde, l'ombilic d'un futur qui dedans s'y écroulera, le foyer de l'un ou l'autre de ces séismes permanents qui, relâchant des âmes telluriques, provoqueront des dommages, des fissures aux jours ordinaires.

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  • Le vent du hasard

    Gérard Chaliand

    L'aventure sans cesse appelle : Gérard Chaliand voyage léger d'un sac sur le dos et d'un couteau tranchant. Tout ce qui encombre, tout ce qui empêche, a été trié. L'horaire, la trajectoire sont appris par coeur. D'y marcher a fixé en mémoire une carte où l'amitié, en plus des batailles souvent, est l'occasion d'une halte ; les sentiments ne se déclarent pas aux douanes. Il y avait encore, dans les bagages, la question du poids des livres. Leur essentiel tient dans des pages extraites qui, cousues, composent un recueil portatif. Le reste, secondaire, est lu à la faveur des nuits de Gordyène, au long cours des traversées, aux quatre coins de la Terre.

    Qu'il ait vécu sous les bombes, bravé les assassins et déjoué les embuscades, impressionne. On invite, à travers lui, à la table, par procuration, les hommes illustres de notre temps, la violence et la démesure, l'humeur des peuples, et les choses vécues. L'amateur d'ailleurs, celui qui parfois transite ou survole, l'inquiet contemporain ou cet autre qui flotte dans sa compréhension du monde et voudrait en connaître les exactes proportions, trouvent dans l'envergure du personnage une boussole, une voix nette, un interprète.

    Le voyageur immobile a, lui, pour se consoler, la bibliothèque idéale, expurgée des tourments superflus de la littérature de salon, d'un lecteur inapaisé. On sait, par la confidence, que les grands récits, les gestes, les portraits en pied des héros et des tyrans, ont allumé dès l'enfance la mèche, qu'il fallut suivre, du goût des lointains - ces pays gigantesques, où tout étonne. Élevé au sang des textes qu'il aurait aimé écrire, en plus de l'oeuvre savante et poétique et littéraire qui borne sa vie ardente, Gérard Chaliand les peut en effet commenter tous.

  • Animitas

    Dawson Nicholas

    • La meche
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  • Au 5e

    Boisvert Mp

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  • Le goupil

    Mathieu Eric

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  • Terre des cons 2e ed.

    Nicol Patrick

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  • Les bains electriques

    Fortier Jean-Michel

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  • Feue

    Lessard Ariane

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    • 11 Septembre 2018
  • Baloney suicide

    Pi Violett

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    • 7 Novembre 2019
  • Zodiaque

    Lessard Ariane

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  • école pour filles

    Ariane Lessard

    • La meche
    • 15 Septembre 2020

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  • On trouvera simplement dans ces pages un choix des mots et des locutions de langue verte les plus usités par les hommes et les femmes dits du « milieu », par leurs satellites, et aussi par les parigots bon teint qui se plaisent à n'employer que de l'argot ; l'argot, la face la plus imagée, la plus gaie, la plus colorée et vivante de la langue française. Il est impossible de déceler l'origine de certains mots argots. Ils ne s'inspirent d'aucune racine française ni étrangère ; ils ont été façonnés pour les besoins de la cause par des spécialistes, et destinés avec leur sens secret à l'usage d'un certain clan de la pègre. La langue française, en personne bien née, n'a pas voulu devoir une politesse à sa cousine argotique, et elle lui a fait cadeau de certaines de ses locutions, qui ont abandonné les encyclopédies pour s'installer dans les dictionnaires d'argot.

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