Publie.net

  • Laurent Grisel a composé Climats à la demande de l'écrivain Cécile Wajsbrot. Ce texte audacieux « prend la question du climat sous tous ses aspects : physique, psychologique, politique et financier » indique l'auteur. Son poème rejoint l'ambition des anciens poèmes didactiques dans lesquels poésie et science s'allient, ...

  • Quel plaisir d´accueillir sur publie.net André Markowicz.
    Quiconque l´a entendu sait ce dont il est dépositaire. Une énigme, évidemment et c´est ce qui rend ceux-là si rares. Et beaucoup de travail, évidemment aussi : une vie à traduire.
    André a toujours refusé de s´expliquer par écrit sur son métier de traducteur, rien qui corresponde chez lui aux conférences de Claro que nous diffusons. Mystère aussi, malgré son bilinguisme russe, c´est par le grec et le latin qu´il commence ses traductions. Et puis il y a cette curieuse vie, où on va jusqu´au bout d´un continent sauvage de prose, Dostoiekski qui n´est jamais fini, qu´il remanie et aiguise à mesure des rééditions, nous réapprenant un Dostoievski glissant, tranchant, rapide, avec des fulgurations mystiques que les traductions d´autrefois ne laissaient pas prévoir. Mais, dans ses journées de travail, il y a ces moments où il s´éclipse, et oublie la traduction... en s´affrontant aux poètes.
    Il a mis des années avant d´oser publier cson Eugène Onéguine de Pouchkine, oeuvre que tous les Russes savent par coeur. Il a publié des traductions de Mandesltam, Lermontov, il a retraduit Tchekhov avec sa compagne, Françoise Morvan, mais c´était toujours comme la partie émergée d´un affrontement souterrain plus vaste.
    Et, pour lui, cela passe, depuis des années, par des séances orales. André est là devant vous, assis, un texte sur les genoux qu´il ne regarde même pas, parce qu´il le sait par coeur. Et il vous embarque pendant une heure, deux heures, dans le fond d´un vers, et tout ce qui lui il y entend. Les rythmes, prosodies, l´héritage, les allusions, le paratexte, et puis qui était celui qui écrit, quelles conditions biographiques. Alors, tout au bout, qu´importe le texte français, qui n´aura duré que le temps de cette séance, et n´aura pas laissé de trace : la lecture est avant tout du temps, et ce temps où Markowicz nous a promenés dans la langue, c´est la poésie elle-même, la poésie comme expérience.
    Dans le grand respect d´André pour les poètes qu´il nous rend proches, il y acette part d´incommensurable due à l´histoire. La mort atroce de Mandesltam ou celle de Daniil Harms.
    C´est dans ce contexte qu´il faut appréhender l´oeuvre d´André Markowicz écrivain. La tâche du traducteur ne saurait être une finalité : il y a écrire. Et pas possible de transmettre ceux-ci sans se porter soi-même à cette frontière devant le vide.
    Alors, à cette frontière, il y a cette mise en travail de soi-même, et cela s´appelle encore poème. Nous sommes mus, à cet endroit où cela tremble, par ces lectures que nous portons. Mais, justement, nous avons appris à reconnaître, dans ce texte de Kafka, ce poème de Pasternak, à ce qu´eux-mêmes, en ce même lieu, devaient à telle autre lecture.
    Et André Markowicz présente ici ce double travail. Voici les poèmes : travail de langue à la frontière. Mais voici, en seconde partie du livre, ce qui est bien plus qu´un appareil de notes : et l´histoire russe, et l´histoire des Juifs dite par un vers de Guennadi Aïgui, et Virgile ou Sophocle en amont de Shakespeare, et, pour l´air et les ciels où on travaille, les mots de la langue bretonne, le pays où il vit.
    Mais, avant tout, les grandes ombres de Paul Celan, d´André Mandelstam (ou Agamben commentant Mandelstam, André s´inscrivant dans toute une suite de ces prismes où nous-mêmes nous sommes...).
    La question de la folie, souvent tangente sous les phrases.
    Merci à André de nous confier ce travail à vif, son devant de langue.
    Merci à François Rannou et Mathieu Brosseau d´avoir travaillé à cette mise en page pour lecture numérique (version eBook incluse).
    Internet, par de tels textes, s´affirme comme un média majeur : capable d´affronter les plus hautes ombres, et que c´est encore pays de langue.

    FB Les Gens de cendre est le second ouvrage de « poésie non traduite » d´André Markowicz. Ses poèmes sont datés, ils évoquent un disparu qui lui est cher (proche, écrivain lu et/ou traduit), ils disent le nécessaire lien de vie entre le réel, la lecture, la traduction, l´écriture. Pour chaque texte, une note en fin de livr

  • Je ne sais pas quel est le critère principal qui motive notre petite équipe d´édition numérique, mais je crois que celui qui m´est le plus proche, ce serait le mot fierté.
    Qu´il y a une dignité du geste littéraire, et qu´au bout d´une discipline qui est à la fois de vie et de langue, elle vient s´incarner par le chant et le rythme, que ça s´appelle beauté, mais aussi colère et cri, que cela inclut à égale surface la géographie et la folie.
    Alors on sait qu´il faut s´y coller, que cela ne se discute pas. Sans doute qu´on aurait fait la même chose, il y a quelques décennies, avec une presse à bras, ou une Heidelberg. Qu´on aurait pu aller coller sur les murs des lambeaux de ce texte de Michaël Glück, sa fin par exemple :

    Et s´il le faut dirais-tu nous inventerons des poèmes barbares et des bûchers où vous nous jetterez parce que nous allons perdre nous le savons que nous perdrons et de ces bûchers dis-tu sortirons le feu noir et l´encre des livres à venir dis-tu dis-tu disent-ils disent-elles C´est ainsi. Lave sans ponctuation, avec retour sur l´écriture, avec voyages par routes et trains, mais se jeter aussi dans la langue des autres. En amont de Michaël Glück, il y a un petit village ukrainien du nom de Klicanovo, et que la communauté juive de là-bas a fini dans cette langue, quand Glück écrit quand la langue pèse autant sur la respiration que le souffle est dans l´exode qu´il faut sortir du chemin quitter les sentiers où l´on est toujours battu que tu choisis des langues d´exil mais comment oublier celle-là les langes sont dans les langues et celle-là tu dis celle qu´ils ont enfoncé dans ma bouche "der tod ist ein meister aus deutschland" la mort est un maître venu d´Allemagne "schwartze milch der frühe wir trinken dich nachts" lait noir de l´aube nous te buvons la nuit tu dis langue coupée Est-ce qu´il serait de la responsabilité de l´édition commerciale de se saisir d´un tel texte ? Sans doute que oui, mais déjà les temps vont trop vite. C´est un texte d´urgence, et Internet est média de l´urgence : je reçois ce texte, le voilà en ligne. Et la circulation par les écrans est désormais plus efficace que celle des cartons de livre pour aller rejoindre le lecteur imprévu, la solitude et la dispersion où nous sommes, lecteurs, et qui nous fonde comme communauté.
    Michaël Glück, je n´aurais pas cru qu´il nous rejoindrait si aisément dans les terrains virtuels [1]. Quand je l´ai rencontré, en 1992, il était déjà au-devant. Je lui dois une part de la confiance pas si facilement acquise pour se lancer dans les ateliers d´écriture. J´ai suivi son travail, avec des éditeurs comme Calligrammes, où il s´agissait de livres-objet, de livres écrits sur des pierres. Je l´ai vu à sa terrasse de Lunel, calligraphiant sur de larges feuilles le poème qui est aussi espace.
    Je ne sais pas la part autobiographique de ce texte en 4 parties violentes, brutales même. La vie y est parfois arrêtée : le narrateur parle de la mort traversée, c´est son biais soudain venu à lui par l´expérience directe, intime, et qui convoque alors cette totalité de fresque, les langues, les voyages, la mémoire, et la folie moderne. Tenez, lisez :
    Tu dis tu dirais que le temps n´est pas au beau que la cérémonie des grands morts ne rend pas meilleurs les petits vivants qu´un bout de crayon sur un bout de carton ne fait pas un bout de roman que c´est toujours la même et première phrase que tu donnes à lire aux automobilistes arrêtés par le feu rouge un peu d´argent pour manger s´il vous plaît tu dis que ton roman plaît de moins en moins et qu´il y a de plus en plus de plagiaires que le partage des droits d´auteurs n´améliore pas le marché plutôt à la baisse le marché que tu dis et avec la terreur même plus possible de ramasser au fond des poubelles de la gare la dernière goutte d´une canette de bière le croûton gras d´un vieux sandwich dans les allées c´est pareil plus de poubelles plus de récupération tu dis tu dirais tu as vu le ciel il vire au rouge le ciel ange couchant à la belle étoile dis-tu maubeuge il aurait parlé comme ça ange couchant à la belle étoile disparu maubeuge roule dans sa rolls maubeuge en direction des céphéïdes il a traversé la pluie d´étoiles filantes faut lever la tête en août pour avoir de ses nouvelles peut-être que je vais changer la première phrase de mon roman que tu dis pour voir l´effet que tu dis peut-être avec un bout de crayon sur un bout de carton je vais écrire un livre s´il vous plaît un peu d´argent pour que j´écrive mon livre Fierté donc d´accueillir ici et par ce texte Michaël Glück dans notre aventure numérique.

    FB

  • Présentation, par François Rannou Aujourd´hui de nouveau est de ces livres, rares, qui s´imposent comme l´aboutissement du « poème » parvenu à son point d´équilibre parfait. Après Ni même (préfacé par Jean Tortel), paru chez Ubacs (l´éditeur Yves Landrein a mené à bien une belle aventure !) et D´hier (premier livre de la Rivière échappée), il permet à Steinmetz de retrouver la pleine vigueur de sa voix. La présente édition reprend celle de l´automne 1990, avec en couverture le Paradigme bleu, jaune, rouge, d´Albert Ayme.
    Le texte de Steinmetz possède la courbure des grandes antennes dirigées vers l´antépénultième lumière de l´univers vaste « champ d´écoute » concentration telle que la syntaxe la plus juste et resserrée qui soit semble aussi la plus déliée _ toile tendue pour que vienne s´y prendre « le sigle antérieur au langage » cela implique que l´homme comprenne le pli profond du temps qu´il l´éprouve au lieu où s´écrivent ses initiales - « galet nu qui (...) échappe / - entier dans sa simplicité » qu´il reconnaisse que le langage l´engendre selon d´autres lois « De quel moment je suis ?

    En arrière ma naissance Touche aux âges mythologiques.

    Et que vaut à présent « l´heure de ma mort » ? » une sortie du temps s´opère un « accroc d´éternité » qui place le présent sous le signe d´un autre visage de lui-même le poème aurait pour tâche d´en reconnaître les traits (in l´inadvertance ) Je donne ici une bibliographie, ainsi qu´une liste de liens qui se rapportent à ce travail dont l´importance est à considérer à sa juste mesure. Enfin, on pourra entendre la voix du poète lisant quelques poèmes d´Aujourd´hui de nouveau.

    François rannou

  • Nicolas Grégoire est d´origine Belge. Il est né en 1985. Il vit et travaille à Kigali, au Rwanda. Certains l´auront peut-être déjà croisé dans le numéro 14 de la revue N4728 ou chez Les arêtes éditions avec Nuit approchée et Eclats.
    Inutile d´en dire trop long sur les textes de Nicolas Grégoire.
    Pour l´auteur, il s´agit simplement de ne pas voler dans le décor, de tenir le coup. Et cela se joue dans pas grand chose. En effet, la plupart de ces textes ont étés rédigés dans une petite piaule d´étudiant à Namur (qu´on dit kot, là-bas).
    Dans cet ensemble, on voit comment l´écriture se resserre autour de sa nécessité. Une écriture sèche, tchak, dans la solitude, comme les coups, c´est ça / la vie - alternativement solitude qui ronge et solitude nécessaire. Solitude où l´on croise, toutefois, des figures nombreuses avec lesquelles l´auteur fait route. On reconnaitra notamment la conversation de fond avec Samuel Beckett : « je suis dans chambre de ma mère » qui reprend la phrase inaugurale de Molloy ou rouge / à force de / vouloir chier / sa langue,... Présence aussi des musiciens (Arvo Pärt, Beethoven, Joy division, Radiohead...) et des peintres (Nicolas de Staël, Francis Bacon, Clifford Still,...).

    Voir, d´ailleurs, cette photo de l´auteur, en train d´en découdre avec une peinture d´Antoine Mortier, prise au musée d´art moderne de Bruxelles, en 2006. Elle témoigne assez bien de la « posture » d´écriture : tête rentrée sous le poids, s´écrire un dos, trouver des appuis, faire face aux coups qui se répètent en boucle : boucle ça. Faire taire, également, ce qui parasite. On pensera peut-être à Du Bouchet qui note « je dois lutter contre mon propre bruit » : boucle la.
    En lisant Nicolas Grégoire, on pensera encore aux récents Coups portés de Cécile Guivarch qui navigue à vue dans les zones accidentées des liens familiaux, avec tout ce qu´elles bougent de nous.
    Tenir, donc, trouver de l´air. Avec très peu, dans très peu.
    Dans l´espace concret d´une ville étouffante ou de la piaule étroite, avec ce qui se donne dans les carnets. Une matière au compte goutte (le minimalisme n´est pas un choix). Ce dire tendu qui rappelle les silhouettes filiformes de Giacometti. Juste ce qu´il faut pour que ça tienne, pas plus.
    Je crois que chacun pourra y trouver quelque chose.

    Armand Dupuy

  • Anthologie choisie et composée par ses lecteurs sur une proposition de François Rannou. De nombreux livres de poésie d'auteurs vivants sont proposés à la lecture et tous les courants poétiques actuels sont représentés. Les auteurs présents dans cette anthologie : Olivier Apert, Hervé Bourgel, Lionel Bourg, Jean-Patrice Courtois, Samuel Dudouit, ...

  • Nathalie Riera fait ici une entrée remarquée. C´est un livre qui ose la sensualité du langage. La recherche de la beauté est ici avouée, mise en jeu mais il ne faut pas s´y tromper : pour que la parole ne soit pas vaine, en toute lucidité, il s´agirait de construire un lieu où la jouissance définirait le rapport entre les mots et les choses...précaire, certes, mais vivant !
    L´érotisme, si rare aujourd´hui qu´on le croirait indésirable dans le poème, devient exploration et connaissance ! L´intérieur des mots rejoint la chair du monde dans un vacillement perpétuel, celui de la lumière aiguë sur l´eau d´une fontaine...
    Les illustrations sont Lambert Savigneux.

    Http://lescarnetsdeucharis.hautetfort.com/

  • Ce qui serait la preuve que publie.net rentre dans une phase adulte du site, c´est ce texte :
    Distances.
    Ecrit par un poète lyonnais, il suppose - parce que poésie en acte, en travail, renvoi des mots vers le monde, retour du monde sur la langue, qui se disloque, se recompose, assaille - une mise en page qui intègre l´écran, la tourne, qui interroge le temps où soi-même on est happé à ces mots, et par où ils vous emportent au travers même de l´interface technique (ce que le livre était aussi) : travail dans les deux sens, du texte vers l´intérieur de soi-même, et le silence, et le chuchotement ou le cri, travail de soi vers ce que le texte montre, le monde inatteint, inatteignable.
    Âge adulte pour publie.net, parce qu´il s´agit d´un auteur lui-même tenant sur Internet un blog : tessons, où la langue se risque au quotidien, aux images, à la lecture critique. Et qu´on peut sur le blog d´Armand Dupuy accéder directement à ses textes sur publie.net : le choix pour nous tous de travailler en équipe, de constituer avec chaque auteur un parcours.
    Âge neuf puisque la mise en page (est-ce que le mot est pertinent ? j´aurais presque dit l´activité lecture) est proposée pour publie.net par Fred Griot, non seulement ils ont travaillé en binôme, celui qui écrit et celui qui met en page, mais ont repris le premier texte en ligne d´Armand Dupuy, dehors / hors de / horde, qui nous faisait entrer dans les prisons de Lyon, où la langue qui s´y joue.
    Âge neuf, puisque le travail du poète et le travail des peintres ont toujours interféré. Et que l´outil numérique permet, en très grande simplicité, de porter ce même risque à la surface du texte - qui ici est accompagné, ou se rejoue, avec des peintures de Barbara Schroeder, Anne Slacik et Aurélie Noël. Avec des liens interactifs dans le PDF qui vous emmèneront du texte vers les univers des artistes.
    Un grand merci donc à Armand Dupuy et Fred Griot : on l´impression que l´importance de certains textes, en dehors de leur propre démarche et conquête de langue, c´est ce qu´ils déportent ou multiplient pour l´ensemble des autres, et le support par quoi ils nous adviennent...

    FB

  • Publie.net a la chance d´accueillir dans la collection L´Inadvertance un texte d´Hélène Sanguinetti dont le travail nous importe depuis longtemps. Ses deux premiers livres (De la main gauche, exploratrice, en 1999, et D´ici, de ce berceau, en 2003) lors de leur publication dans la collection Poésie/Flammarion, ont tout de suite installé un ton, une volonté de composer des poèmes comme un récit à suivre dont les lignes maîtresses apparaissent en creux. Notre monde est là, avec ses violences et ses manques, à quoi ne jamais se résigner. C´est avec toujours une grande précision dans le regard qu´elle a poursuivi son travail avec la parution du Héros en 2008 (toujours chez Flammarion). L´espace qu´elle déploie permet de saisir ensemble des morceaux de réalité qui s´interpénètrent à distance grâce à une opération de récolement qui inventorie et fait advenir : voix, dialogues, définitions, incipits, bouts de récit, poèmes, italiques... Toi, tu ne vieillis plus, tu regardes la montagne, se présente presque comme un journal dont les jours disent la traversée de la dimension d´éternité que l´instant du poème perçoit, à l´aigu. Le San Pedrone, en Corse, cette montagne donne prétexte cézannien à une méditation qui fait rentrer dans l´actualité du regard les abeilles de Virgile, les dieux du paysage, la surface du temps et son ombre... et ce sont autant de haïkus faits sur l´arête des mots !
    La prise de son est de François de Bortoli.
    Hélène Sanguinetti est née à Marseille en 1951, elle vit et travaille en Arles. Elle a publié aux éditions Flammarion la quasi totalité de son oeuvre. On peut lire du même auteur :
    Le Héros Poésie/ Flammarion, 2008 Hence this cradle, traduction en anglais d´Ann Cefola, bilingue, Otis Books/Seismicity Éditions, Los Angeles, 2007 Alparegho, Pareil-à-rien L´Act Mem, 2005 D´ici, de ce berceau Poésie/Flammarion, 2003 De la main gauche, exploratrice Poésie/Flammarion, 1999 & Corinne Barbara a dansé, Les éditions du soir au matin, 2009 Deux Noyaux Pour Commencer La Journée (avec des interventions de Stéphanie Ferrat, Galerie Remarque, 2009) Gora soli (avec des peintures d´Anna Baranek, l´attentive, 2008) Ô cahier 3, (avec Anna Baranek, Espace Liberté/Les Ennemis de Paterne Berrichon, 2006) Voici quelques liens :
    [http://www.ville-boulogne-sur-mer.f...] http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/05/le-hros-dhlne-s.html http://www.paperblog.fr/1746209/helene-sanguinetti/ http://remue.net/spip.php?article2812 http://remue.net/spip.php?article1788 [http://www.printempsdespoetes.com/i...] http://www.lactmem.com/medias/fonds_compact/sanguinetti_alparegho.html http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2008/04/hlne-sanguine-1.html http://www.enba-lyon.fr/conferences/fiche.php?a=08&id=454 http://www.thepedestalmagazine.com/gallery.php?item=2223

  • Lucien Suel est un atypique.
    Et c´est bien pour cela qu´on s´est rejoint, c´est bien pour cela que ce site existe, c´est bien pour cela que je considère importante, ici, sa présence.
    Notre système de production et reproduction de littérature a des canons fixes. Qu´une forme naisse à côté, il ne sait pas l´intégrer. Alors des branches neuves poussent, sans repère prévu à l´avance. A nous de faire avec.
    Ainsi, Lucien Suel a toujours lié sa pratique de l´écriture a son goût de la musique punk, en a accompagné la naissance, en a suivi les formes dans ses modes mêmes de se saisir du texte.
    Ainsi pratique-t-il la lecture à haute voix, et sa pratique des groupes de rock.
    Ainsi, son amitié et sa complicité pour l´atypique et nécessaire Mauricette Beaussart.
    Lucien Suel est une sorte d´atelier vivant : voir sa Station Underground d´Expérimentation Littéraire. Commandez pour 20 euros de textes, et vous verrez l´enveloppe que vous recevrez. Le papier matière, l´écriture manuscrite à tirage ultra-limité, les supports parfois aux formats les plus incongrus : et alors ?
    C´est justement ce qui permet à l´écriture d´être ou de naître ailleurs.
    Voir ici sur tiers livre ce qu´on en pense, avec large extrait.
    C´est aussi avec Lucien qu´on a inauguré la section texte/images de publie.net : Poussière, texte LS, photographies Josiane Suel.
    Quant à William Burroughs. Ah, William Burroughs. Non, vous n´êtes pas d´accord sur Burroughs ?
    Voici donc, à l´interconnexion de Lucien Suel et de William Burroughs, il y a 36 ans exactement, en 1972, la première expérimentation d´un cut-up, et cela devient coupe carotte.
    Il n´est nul besoin que vous dépensiez 1,30 euros, dont la moitié reviendra à l´auteur, pour télécharger l´intégralité de Coupe Carotte.
    Lucien Suel et moi-même installons ici, dans les formes brèves de publie.net, ce Coupe Carotte parce que cela nous fait plaisir.
    Le texte contient d´ailleurs lui-même les notes de sa genèse.
    Voir ci-dessus l´extrait en lecture libre. La mise en page est aussi de l´auteur.

    FB

  • Cette anthologie est d´abord une manière d´interroger, aujourd´hui, le paysage et ses infinies variations - celles du regard singulier grâce auquel chacun construit son paysage, au fil du temps ; celles qu´il subit sous l´effet des transformations liées à l´action de l´homme, ou des éléments. Paysage précaire, donc, mouvant, qui se constitue pourtant dans l´arrêt qu´il impose : une pause est nécessaire pour admirer, décrire, peindre, cadrer ce qui est là sous les yeux. Chaque texte, ici, écrit un rapport au monde, tente d´en percevoir un rythme, d´en traduire une leçon, d´en soulever un questionnement. Il y a bien un enjeu qui fait du paysage autre chose qu´un thème décoratif. Notre « terre habitable » (François Cheng), c´est la chute d´Iguazú (Michel Collot) et la ville (Michèle Dujardin, Denis Heudré, Fred Griot) autant que le poème comme espace (Fabienne Courtade) ou les noms qui le désignent (Patrick Beurard-Valdoye). C´est toujours un départ vers l´inconnu (Michel Butor, Kenneth White), un angle de vue (Antoine Emaz) qui, parfois, remet en cause avec ironie (Paol Keineg). Les peintres, qui nous ont appris à voir le paysage, sont présents dans cet ouvrage et c´est somme toute d´une logique irréductible.


    Encore un mot : c´est un livre - électronique : à lire sur ordinateur, sur liseuse, sur tablette. Chaque poète est présenté par des liens qui renvoient à l´extérieur du livre vers un autre espace de connaissance de l´auteur (sites internet, blogs, vidéos en ligne, radio, revues... : il vaut mieux alors lire sur un outil de lecture connecté au Web). Vous pourrez alors profiter pleinement de ce qui se présente comme la première anthologie de poésie sur ce support. Cet ouvrage est publié par publie.net, dont le travail de qualité est une fois de plus à souligner. Nous remercions vivement Le Printemps des poètes, particulièrement Jean-Pierre Siméon et Emmanuelle Leroyer, qui est notre partenaire pour cette anthologie. Nous tenons aussi à ne pas oublier dans nos remerciements les éditeurs des ouvrages dont sont extraits les poèmes.


    Que cette anthologie soit comme l´atelier dont nous parle Anne de Staël :


    « toujours le monde en formation » François Rannou publie.net et la collection L'Inadvertance remercient le Printemps des Poètes pour cette collaboration.

  • Les amoureux de l´écriture de Jacques Josse ne s´étonneront pas qu´on poursuive avec fidélité la mise en ligne de ces textes pesés, rigoureux, rares.
    D´abord par choix de l´éditeur : affinité grande avec ce qu´on y respire de la mer, et l´échelle à quoi elle nous contraint. Alors, oui, on peut appréhender ce qui tient de la vie et de la mort. Et on saura, justement, que c´est dans cette précision, et cette attention au présent, cet accueil du visage devant soi, de la parole de l´autre.
    Ici, Jacques Josse voyage : il suffit d´un quai. Il y a le mot orient, il y a l´ombre dérangeante de Kerouac, et comment lui et ceux qui l´ont suivi ont imposé à la langue de marcher.
    Il y a toujours ce recueillement : pas de parole, pas de visage, sans savoir ce que vie et mort organisent, dans notre plus immuable théâtre. Justement des mots que Jacques Josse n´emploierait pas.

    FB

  • Le 3 juillet 1608, sous le règne d´Henri IV, Samuel de Champlain fonde la ville de Québec. André Roy nous fait revivre cette aventure de l´intérieur, et nous croyons entendre Samuel de Champlain lui-même nous dire comment lui et ses compagnons apprennent à découvrir un territoire nouveau, synonyme d´inconnu radical. Les Indiens, les fruits étranges, les bleuets qui illuminent le jour, d´îles en caps, de caps en baies,/Le Nord deviendra leur demeure...les maladies viendront, la mort approche sans honte ni crainte. André Roy s´appuie sur les différents écrits de ce grand fondateur et traverseur d´Atlantique (21 fois de rivage à rivage !) pour créer un texte épuré, sobre, d´une nudité rayonnante. Le temps alors renoue avec la circulaire mémoire qui le noue et aiguise notre profondeur de vivants d´aujourd´hui !
    Né à Montréal, où il vit, André Roy est poète et essayiste en cinéma. Il détient un doctorat en études françaises. Professeur à temps partiel aux niveaux universitaire et collégial, André Roy a donné plusieurs conférences et lectures, tant en Amérique du Nord qu´en Europe. Il oeuvre également dans le milieu de l´édition depuis de nombreuses années, tout en travaillant à la pige comme journaliste et critique en littérature et en cinéma. D´abord codirecteur d´Hobo-Québec (1972-74), il a dirigé la collection « Proses du Jour » aux Éditions du Jour (1973-74) et la collection « Écrire » aux Éditions de l´Aurore (1974-75). Il a été cofondateur et rédacteur en chef de Spirale (1979-83) et codirecteur des éditions et de la revue Les Herbes rouges (1983-85). De 1986 à 1988, il a été rédacteur aux Éditions de l´Hexagone, et aux Herbes Rouges et auteur de plusieurs textes pour la radio Radio-Canada et la chaîne télévisuelle Radio-Québec. Animateur dans le milieu des lettres, il a été secrétaire trésorier de l´Union des écrivaines et des écrivains québécois de 1985 à 1991, tout en s´occupant d´autres associations, dont l´Association québécoise des critiques de cinéma. Il est actuellement membre du comité de rédaction de la revue de poésie Estuaire et de la revue de cinéma 24 images.
    Son oeuvre est principalement constituée de quatre cycles poétiques : Les passions, Nuits , L´accélérateur d´intensité et Vies. Ses différents écrits lui ont valu des récompenses prestigieuses, dont le Prix du Gouverneur général du Canada pour Action Writing en 1985, le Grand Prix de Poésie de la Fondation des Forges pour L´accélérateur d´intensité en 1987, le Prix Estuaire-Terrasses Saint-Sulpice pour Vies en 1999, ainsi que le Prix Association québécoise des professeurs de français/Association nationale des éditeurs de livres pour Les espions de Dieu, en 2009. Parmi ses oeuvres, on pourra noter les titres suivants : Les passions du samedi, Les amoureux n´existent que sur la Terre, On sait que cela a été écrit avant et après la grande maladie et Professeur de poésie. Il publie en 2010 Les fantômes de l´automne, un recueil de poèmes pour adolescents. Il prépare actuellement le troisième volet de Vies : N´oublie pas de dormir. Sa poésie est traduite, entre autres, en albanais, anglais (Canada, États-Unis et Grande-Bretagne), espagnol (Espagne et Mexique), italien, portugais, slovaque, macédonien et tchèque.

    Http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Roy_(%C3%A9crivain) http://www.andreroypoete.com/ http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/biographies/892.html

  • Il se pourrait que tout commence par un coup de sang. Une tache s´étale sur le pare-brise à cause de la vitesse, une tache qui fait grand rouge sur la nuit. Et c´est comme une prise de conscience : c´est sur la route des vacances que Romain Fustier s´éveille à sa propre inquiétude, c´est-à-dire à sa façon d´être attentif. Et cette première expérience d´un monde vacillant, qui se révèle dans la lampe rouge d´un rapace écrasé sur le pare-brise, se répète indéfiniment, de façon automatique et incontrôlable, dans une sorte de road-movie que déroulent les poèmes. On roule, que ce soit sur les départementales ou l´autoroute, on dévide un très long chemin d´errance pour toucher ce chez-soi du trajet, ce chez-soi du tremblé de vivre, pour atteindre enfin, peut-être, « ce no man´s land qui vous colle au cerveau ». Les images défilent au pas lent d´un moteur, les phrases se télescopent, s´enchassent, comme les réalités qui s´avancent l´une dans l´autre. C´est un monde qu´on traverse pendant qu´il nous traverse, qui se dévide mais stagne, là, dans le pare-brise. Et de même, quelque chose stagne en nous, quelque chose reste arrêté, un point de fixation qui fait préférer à l´auteur les vieilleries, le « goût des choses surannées / des toits vert-de-gris et des bâtiments désuets / les derniers vers de Laforgue les villas thermales / bordant les avenues d´avant-guerre les hôtels / démodés les fronts de mer vieillots où les glaces / ont le parfum des sorbets d´un temps révolu ». Mais, si l´expérience de ce tremblé, de cette incertitude de vivre, provoqués par les plus infimes évènements, peuvent bouleverser l´auteur (« une feuille de paulownia s´est posée sur le / capot de notre voiture garée sur un parking / et cet évènement anodin a fait basculer le / décor le cours bien réglé de nos existences »), il ne fait pas que subir cette répétition.
    En effet, il écrit « Je me cherche quelque chose à déchiffrer ». C´est que pour lui, la poésie est exercice d´inquiétude. Il s´agît d´être vigilant. Dans son flux continu, le monde nous informe de ce que nous sommes. On dirait qu´il répond parfois à nos vécus les plus intimes. Alors il s´agit de se saisir au passage. Romain Fustier se livre à un travail d´observateur qui, guettant, se guète comme s´il pouvait à la fois être à la fenêtre et se voir passer dans la rue. C´est peut-être cela «  voir le dehors de façon hallucinée » : voir et se voir dans le décor en train d´avancer. Ainsi, Boîte automatique du crâne déroule le monde et témoigne de cette sorte de décollement vécu par l´observateur attentif à lui-même, dans les choses, et à ce qu´elles déplacent en lui. Et si, en évoquant ce rapace, c´est l´image d´une « lampe écrasée » qui me vient, c´est parce que Romain Fustier est particulièrement sensible aux lumières, aux ambiances qu´elles dégagent, à leur façon de mettre en présence le monde premier, stable et sûr de l´enfance, et le monde tremblé qui nous saute à la gorge, un beau jour : « les lueurs bleutées du pressing à travers le / pare-brise donnent au carrefour un air de / piscine une allure de menthe claire ouvrant / sur la rue qu´on emprunte à l´heure noire » On pensera peut-être au lampes de secours de Jean-Paul Sartre lorsqu´il se rappelle, dans Les mots, les séances de cinéma avec sa mère « Les rumeurs touffues remplissaient la salle, on réinventait le langage, l´ouvreuse vendait à la criée des bonbons anglais, ma mère m´en achetait, je les mettais dans ma bouche, je suçais les lampes de secours. Les gens se frottaient les yeux, chacun découvrait ses voisins. » Et c´est ce ce passage toujours neuf, toujours à refaire, ce passage d´un monde à l´autre qui est au coeur du travail de Romain Fustier. C´est peut-être à cela que nous devons être attentif.
    *** Romain Fustier est né en 1977 à Clermont-Ferrand. Il vit actuellement à Montluçon où il anime avec Amandine Marembert la revue et les éditions Contre-allées. Il a publié une quinzaine de recueils de poèmes dont "le volume de nos existences" (Polder) et "une ville allongée sous l´épiderme" (Henry & Ecrits des Forges). Il participe à l´org

  • (Une pie) est un texte dont le regard vole et se pose comme celui de l´oiseau. Il dérobe des jours et des images du monde qui se déroulent devant nous, depuis toujours presque, semble-t-il, de manière légère et grave, laissant en nous ses traces de griffes.
    Nous voici plongés dans des moments d´éternité suspendus, où le réel se mêle au légendaire et au plus ancien, dans une perception flottante et paradoxalement d´une grande acuité. Un très beau petit texte qu´il faut lire en laissant affleurer à la surface du poème les chansons idiotes qu´aimait Rimbaud, la part de naïveté dont le tragique toujours n´est pas loin. On peut écouter ce livre, mis en voix par François de Bortoli.
    On peut lire du même auteur Le Héros Poésie/ Flammarion, 2008 Hence this cradle, traduction en anglais d´Ann Cefola, bilingue, Otis Books/Seismicity Éditions, Los Angeles, 2007 Alparegho, Pareil-à-rien L´Act Mem, 2005 D´ici, de ce berceau Poésie/Flammarion, 2003 De la main gauche, exploratrice Poésie/Flammarion, 1999 & Corinne Barbara a dansé, Les éditions du soir au matin, 2009 Deux Noyaux Pour Commencer La Journée (avec des interventions de Stéphanie Ferrat, Galerie Remarque, 2009) Gora soli (avec des peintures d´Anna Baranek, l´attentive, 2008) Ô cahier 3, (avec Anna Baranek, Espace Liberté/Les Ennemis de Paterne Berrichon, 2006) Voici quelques liens :
    [http://www.ville-boulogne-sur-mer.f...] http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/05/le-hros-dhlne-s.html http://www.paperblog.fr/1746209/helene-sanguinetti/ http://remue.net/spip.php?article2812 http://remue.net/spip.php?article1788 [http://www.printempsdespoetes.com/i...] http://www.lactmem.com/medias/fonds_compact/sanguinetti_alparegho.html http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2008/04/hlne-sanguine-1.html http://www.enba-lyon.fr/conferences/fiche.php?a=08&id=454 http://www.thepedestalmagazine.com/gallery.php?item=2223

  • Pour Jean-Philippe Cazier, l´écriture poétique est d´abord la trace de son expérience.
    C´est cette expérience qu´il s´agit de fonder, la part volontaire de risque, la part délibérée et intentionnelle du chemin pris, où on scrutera le corps, le mental et le monde - et bien sûr pas d´autre outil, pour prendre ici écart et savoir, ou seulement transcrire, que s´appuyer sur le fil extrême de la poésie, de Hölderlin à Celan, par Artaud.
    Et c´est pour affronter cette limite qu´on recourt aussi à l´arsenal de la pensée-limite (puisque Ghérasim Luca est aussi une des bornes les plus actives de cet univers), et donc la philosophie : elle ne détermine pas l´écriture, elle sous-tend son saut.
    Nous présentons simultanément trois ensembles de Jean-Philippe Cazier :
     Écrires, précédé de Poémonder a été publié en 2004 par Inventaire/Invention. Poémonder est un texte d´un seul tenant, interrogeant les dettes, provoquant la langue, cherchant à cerner le territoire de l´expérience poétique (en entier dans l´extrait en lecture libre). Écrires est une suite de textes brefs résultant de cette expérience, dans la tension d´entre le mental et le monde - phrases interrompues, mises en parenthèses comme d´élision du mouvement même d´écrire...
    Hommage à Patrick Cahuzac d´avoir pris le premier le risque de cette publication, dont il nous semble important d´assurer la permanence.
     C´est pourtant Joseph K. qui est là, référence à Kafka explicite dès le titre, pourquoi ? C´est le Journal de Kafka qu´on interroge : sa façon obstinée de reprendre l´écriture jour après jour. Et, quand on n´a pas de prise sur le monde, ou sur le récit, qu´on n´a pas visage ou matière, c´est de cette difficulté à écrire qu´on se saisit :
    Jean-Philippe Cazier s´assigne cette écriture permanente au même point, et s´y mêlent alors les autres strates du Journal de Kafka. On sait qu´une grande partie des personnes qu´il cite, à commencer par ses soeurs, disparaîtront dans la honte d´Auschwitz.
    Comment l´écriture alors pourrait se déprendre de ce qu´on porte chacun, après Auschwitz, de judaïté ? C´est toute l´étrangeté de ce texte, entre récit, mémoire, expérience d´écriture, et le portrait en filigrane, de plus en plus insistant à mesure qu´on avance, de Franz Kafka.
     Le silence du monde : non plus l´écriture de poésie, mais écriture de ce qu´on lit, travaille, apprend, hérite.
    Une longue accumulation de très denses fragments sur la poésie et son dehors, sur la voix et le silence, sur l´affrontement du monde et l´absolu de l´écriture. À la fois un bagage théorique qui a valeur d´essai autonome, à la fois une exploration littéraire en soi-même, vers Lévinas ou Blanchot, ou Deleuze...
    Je remercie de vive façon Jean-Philippe Cazier de nous confier ces trois textes pour une parution simultanée où chacun intervient sur la lecture des deux autres.
    Passer dès à présent sur son blog, où on trouvera une mine de chemins frontières de la poésie.

    FB Jean-Philippe Cazier Né en 1966 Etudes de Philosophie.
    Membre du comité de rédaction de la revue Chimères ;
    Directeur de publication aux Editions Sils Maria. Cf. sur Wikipedia.
    Par l´intermédiaire de Gilles Deleuze j´ai publié mes 1ers textes dans les revues L´Autre Journal et Chimères. Depuis, publications dans diverses revues (Inventaire/Invention, Chaoïd, Concepts, Inculte, etc.) et ouvrages collectifs (cf. page sur Wikipedia).
    Publications :

     Voix sans voix, Sils Maria, 2002.
     Ecrires précédé de Poémonder, Inventaire/invention, 2004.
     Désert ce que tu murmures, La Cinquième Roue, 2006.
     Cdrom : PANOPTIC - Un panorama de la poésie contemporaine (textes et lectures publiques de : Pierre Alferi, Jean-Philippe Cazier, Antoine Emaz, J.M. Espitallier, Christophe Fiat, Nathalie Quintane, etc.), Inventaire/Invention, 2004.
     Une fiction disponible sur le site des éditions Leo Scheer : La ville indienne.
    Direction d´ouvrages :

     Abécédaire de Pierre Bourdieu, Sils Maria, 2007.
     Abécédaire de Claude Lévi-Strauss, Sils Maria/Vrin, 2008.
     L´objet homosexuel - Etudes, constructions, critiques, Sils Maria/Vrin, 2009.
    Traduction de textes de : Jorge

  • La plus grande difficulté de la poésie est de se risquer dans les zones très simples de notre contact au monde - et que la tension des mots, le sentiment de présence du réel, de la ville même dans ses signes les plus contemporains, recréent au lieu même de cette présence une respiration, un écart. On l´entend, étrangement, dans les poèmes que Rilke a écrit directement en français.
    « J´ai écrit ces textes pendant l´hiver 2008-2009 les yeux à la fois sur l´écran de mon ordinateur et sur ce que ma fenêtre donnait à voir ou à sentir : pluie, gel, neige, brume, froid, humidité, chaleur du cocon, arbres décharnés, incertitude des sentiments, rigidité des comportements, fuite du temps, mélancolie, attente, désespoir, état dépressif.. Et j´ai préféré la forme du distique mais à la syntaxe brisée pour une lecture plus lente et plus attentive. » Ces distiques donnent l´élan, l´immobilité nécessaire à cette lecture où il nous semble tout reconnaître.

    FB

  • Coups portés en plus d´être un lieu de mémoire et d´archéologie familiale c´est aussi la rencontre avec Ian Monk au festival midi-minuit poésie à Nantes. Puis la lecture de son livre Plouk town : parlé franc, dire les gens comme ils sont. Mais c´est surtout Ian qui m´a incitée à tenter une forme d´écriture sous contrainte. J´ai opté pour l´écriture sous forme de bloc et à ma grande surprise les mots sont venus se chauffer entre eux, la langue s´est déliée en une somme de petites coups portés.
    C.G.

    Pauline Paulette Louise Lucien Totor Aimé Ferdinand... de ces noms et de ces petits blocs de leur langue, légèrement râpeuse comme un patois de campagne, avec mots gros et collection de détails constituant peu à peu mosaïque criante de vérité de cet ici (au hasard : "café calva canard, et lunettes rafistolées bouts de gros scotch"...), qui resurgissent là, dans cette écriture de la langue parlée.
    Une croisière pas de tout repos dans les zones accidentées des liens familiaux, "où sang veines familiales renversent coulent de mains en mains où ne pas étouffer ni taire", "un siècle ou deux de générations" et la guerre, et puis au moment du deuil : noeuds affectifs, cristallisation lors des héritages, émergence des enjeux toujours exagérés ("bout de terre ne vaut pas grand kopek inculte juste un petit bout de lande"), "des vertes et pas mûres" pour se partager "la part de la galette", le magot, qui dort là, c´est sûr...
    De ce qui se joue au fond des cuisines de nos campagnes, lieu de la discussion, du café, sur la nappe à carreaux que l´on imagine là.
    Bref, une langue avec ce goût de poésie brute, cet écho des sagesses et bêtises paysannes (rappelant en bien des tonalités celle de Claude Favre), une très belle langue, et pas seulement pour qui sait et a vu ces scènes-là... de ces langues-là de campagne, mais repassées ici au contemporain.

    Fred Griot l´auteur Née en1976 en Normandie près de Rouen et vit depuis quelques années à Nantes. Ne cotise pas à la sécurité sociale des poètes, travaille dans un bureau non climatisé.

    Heureuse d´enrichir de temps à autre le site terreaciel.free.fr qui maintenant est devenu un espace à multiples regards.
    Auteur de :
    Terre à ciels, carnets du dessert de lune, 2006 planche en bois, contre-allées, 2007 te visite le monde, carnets du dessert de lune, à venir 2009 Publications en revue : N4728, décharge, contre-allées, infusion, verso, microbe et à venir : gare maritime

  • Jean-Claude Schneider, poète du dépouillement et de l´effacement Jean-Pierre Chevais nous propose ici la première étude d´ensemble sur un poète dont le parcours est fait d´exigence, de discrétion, de retrait. Chevais nous fait rentrer à l´intérieur d´une poésie qui cherche à faire du nom propre un nom commun qui permette de rejoindre la matérialité du réel, qui toujours nous manque. Il y aurait une tentative de laisser à travers la voix du poème entendre la "différance" des éléments : pierre, herbe, eau, vent, qu´on en arrive presque à « parler caillou » comme l´énonce un poème. C´est un cheminement incessant, une marche vers le « dehors » qui nous constitue et fonde une parole juste et possible.
    Jean-Claude Schneider est poète et traducteur. Il est né à Paris en 1936. Il a fait des études d´allemand. Puis il a été secrétaire de rédaction de la revue Argile. Parmi ses traductions de l´allemand, on peut citer Kleist, Hölderlin, Hofmannsthal, Trakl, Walser, etc. Il a également traduit à partir du russe (Mandelstam).
    Il a publié une quinzaine d´ouvrages, recueils de poésie et textes sur la peinture contemporaine (Bazaine, Nicolas de Staël, Giacometti, Sima).
    Bibliographie : Le papier, la distance, Fata Morgana, 1969 A travers la durée , Fata Morgana, 1975 Lamento, Flammarion, 1987 Là, respirant, sur le chemin qui nous reste, Atelier La Feugraie, 1987 Un jour, énervement, Atelier La Feugraie, 1989 L´effacement du nom, Hôtel continental, 1990 Dans le tremblement, Flammarion, 1992 Bruit d´eau , Deyrolle, 1993 Dans le désert, des voix, Séquences, 1993 Paroles sous l´océan, Atelier La Feugraie, 1993 Habiter la lumière (regards sur la peinture de Jean Bazaine), Deyrolle, 1994 Ici : sous leurs pas, Hôtel continental, 1995 Les chemins de la vue, Deyrolle, 1996 Membres luisant dans l´ombre, Fourbis, 1997 Courants, Atelier La Feugraie, 1997 Ce qui bruit d´entre les mots, La lettre volée, 1998 Eux, l´horizon, La lettre volée, 1998 Sentes dans le temps, Apogée, 2001 Entretien sur Celan , Apogée, 2002 Si je t´oublie, la terre, La Lettre volée, 2005 Leçons de lumière, Atelier de la Feugraie, 2006 quelques sites...
    [http://poezibao.typepad.com/poeziba...] [http://www.marelle.cafewiki.org/ind...] [http://www.artpointfrance.org/Diffu...]

  • Présentation sous forme de cut-up d´échanges de mails avec l´auteur :
    Ecrit en 2 jours (16 / 17 novembre 2008) Pollock est debout.

    Obsession terrible. Notes notes notes notes pendant deux jours. Au final j´étais minable. La loco : pollock, pollock, pollock.

    Fallu aller au bout pour taire.

    Alors voilà j´ai essayé froidement, et à peine déjà au bout de 2, 3 pages, j´étais ému à nouveau, comme lors de la première lecture. Quelque chose du geste magique, un geste lâché ?

    Bien sûr c´est Pollock, et pour moi ça cause, mais je ne cherche pas à comprendre : ça me touche, pas grand chose d´autres à en dire.

    Rares sont les livres que je lis d´une traite, mais là j´y suis allé jusqu´au bout, facilement, porté.

    Par exemple, la page, centrale, Et c´est versant sa grolle que Pollock se révèle. C´est stupide. Le geste de verser verse Pollock. En versant sa grolle, toute l´usure de sa grolle, Pollock se verse dans mes yeux, c´est simple.

    C´est Pollock et ce n´est pas tout à fait Pollock...

    C´est au-delà ou en deçà, dans un dedans de langue qui s´ivre.

    "Pollock", et ce mot se remplit, puis se vide, se pollock encore et bien plus, perd substance comme mot infiniment répété en se remplissant.

    Des sortes de petites "fictions" : soixante-sept.

    "Fictions" car Pollock c´est aussi la somme de toutes les figures qu´il laisse passer par sa figure. Aussi parce que fiction, c´est ce qu´on a de plus vrai, de plus intime et qui nous échappe tout à fait. Pollock est venu foutre un coup de pied dans ce tas-là.

    La fiction, nous n´avons que ça de vie. Nous vivons dans un tissu de scénarios complexes. Des histoires qu´on se raconte, projets, fantasmes, etc. De toute façon, dès qu´on ouvre la bouche, on passe dans la fiction. Voilà, je crois que j´ai pigé pourquoi pendant très très longtemps je n´ai pas parlé. Je ne pouvais pas supporter ce passage.

    Armand Dupuy, une langue souvent dans la peinture, compagnonnage qui semble dater, voir par exemples son dehors / hors de / horde et son Distances.
    A rapprocher d´ailleurs, même époque et même mouvement peut-être, du Robert Franck de De Jonckheere ?

    9´32 c´est la durée du film de Namuth en 1951 dans lequel on voit Pollock peindre avec les gestes, et l´énergie, courbé, la tension sur les grands formats au sol, dehors, ou dans les autres films, dans la grange.

    Mais sans tout révéler, c´est aussi le film dans lequel on voit Pollock qui verse sa grolle et de laquelle grolle tombe un truc.
    Grosse pièce de monnaie ? Ou bout de ferraille ronde qui tourne au sol ou peut-être une toupie, un tournevis, une clé de 12, sa montre à gousset, le capuchon de la caméra de Namuth (on n´arrivait pas à remettre la main dessus), un bouchon d´un petit pot de confiture... un petit bouchon d´un petit pot d´acrylique bon marché pour peintre en bâtiment du dimanche ?

    Pollock, 1947 : On the floor I am more at ease, I feel nearer, more a part of the painting, since this way I can walk around in it, work from the four sides and be literally in the painting.

    Armand Dupuy ne l´a pas inventé.

    Juste ce truc obsédant. C´est là que Pollock est venu faire le boulot.

    Là le noeud minuscule, l´impulse qui a emmené sur le glissoir d´écrire. Deux jours non stop...

    Allez on écoute, on laisse couler, on prend le temps de laisser "écouler" ce mouvement là. Celui de Pollock ?


    Fred griot

  • Vous souvenez-vous de Dire I/II de Danielle Collobert ? Ou peut-être ne connaissez-vous pas ce texte paru fin des années 70, et les plus de 20 ans qu´il a fallu attendre après la mort qu´elle s´est donnée, le jour de ses 40 ans, en 1978 donc, Collobert, pour être rééditée en 2 tomes chez POL...
    Dire I/II c´est l´alternance de 2 voix, homme, femme, peu importe, les paragraphes passent de l´un à l´autre, et superposent une déambulation dans Venise et ses ruines, son eau morte, à un retour, et pareille déambulation, dans un village de Bretagne, à bout de mer. Le chemin, les images, les intérieurs aperçus, l´histoire même, tout cela suffit à en faire une expérience majeure : la littérature se joue dans notre rapport au monde, et peut se dire tout entière dans la simple façon d´appréhender les choses extérieures - il suffit de cela, une précision, un tu, un appel.... Pour Collobert, l´appel n´a pas été entendu, pas assez tôt.
    De Bretagne aussi, une route qui s´en va de Saint-Brévin à la Turballe, mais dans cette même déambulation, ici fondée sur le Domaine d´Arnheim d´Edgar Poe, nous est venue La Presqu´île de Julien Gracq...
    C´est dans la magie propre à ses deux textes qu´immédiatement m´a pris ce Les Sédiments de Virginie Gautier.
    Ce qu´il y a de bien, à mesure que se développe un site comme celui-ci, c´est qu´on peut ne rien savoir plus, d´un auteur, que le CV standard joint à l´envoi. On apprend qu´il y a eu l´école des Beaux-Arts de Rennes, qu´il y a toujours une intervention de plasticienne, incluant des performances et des sculptures, mais aussi une réflexion sur le paysage, avec des sculptures in situ, à Morlaix, ou sur le littoral des Côtes d´Armor.
    On y apprend aussi que Virgine Gautier est depuis 5 ans enseignante d´Arts Plastiques dans un collège de Seine Saint-Denis : je sais ce que je dois moi-même à cette confrontation, et comment cela peut démultiplier ce qu´on demande à la langue.
    Dans ces Sédiments, le lieu est prégnant, mais toujours pris dans une cinétique, une approche, une relation. On traverse, on longe, on cherche, on contourne : extraordinaire travail sur les verbes de mouvements. Et c´est ainsi qu´on extorque aux choses, aux murs, maisons, rues, perspectives, leur empreinte rilkéenne : ce qui en fait poésie.
    C´est une réflexion sur ville, périphérie, solitude, avec des phrases nominales, un poids énorme demandé à la grammaire, et la totalité de ses outils, pour qu´elle devienne invisible.

    FB Merci à Sarah Cillaire et Fred Griot pour le travail d´édition et maquette.

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