• "L'Europe penche. Ses penchants sont irrésistibles. BABORD TRIBORD BABORD TRIBORD. Quoi entre ? Quoi : entre Albrecht Dürer peignant l'insensé signe d'une chute de météorite, et Joseph Beuys au coeur d'un carnaval, ayant écrit au tableau noir " The Brain of Europe " ? Quoi : entre neuf jours d'Aphrodisies à Paphos, et les neuvaines d'un village où les pèlerins venaient en traitement pour leur folie ? Les barges tanguent.
    Les bargeots ne sont pas toujours ceux qu'on croise. Les croisés, ils sont livrés à leurs nefs folles. Les mythologies du temps présent se conjuguent avec l'histoire des antiques. Le sel y met un peu de piment. On a localisé le clitoris de l'Europe, pas encore son cerveau. Complètement à l'Ouest ? L'oncle d'Amérique, de retour, pencherait pour. Qu'est-ce que l'Europe, vue du mur à Chypre, gentiment nommé : ligne verte ? Qu'est-ce que l'Europe, vue par les écrivains Jean-Paul de Dadelsen et Denis de Rougemont, qui se mouillent au Centre européen de la Culture ? Quand la confédération européenne devient leurre, Dadelsen fait résonner son poème dans le ventre de la baleine, traduit le livre d'un juge américain, frôle la poète Hilda Doolittle, succombe d'une tumeur au cerveau.
    La langue c'est de la lave. C'est fou ce qu'on la préfère refroidie, solidifiée, figée. Parfois de l'énergie s'évade encore de l'encre asséchée : celle de l'énigme atteinte. Qu'y peuvent les arts poétiques ? Mais. Parier sur l'inconnu. Inventer des narrés, avec ligatures et raccords à distance. Bousculer l'ordre causal. Modéliser l'hétérogène. Ne pas nous mener en bateau, ni céder aux vieilles lunes.
    Syncrétiser. Croiser les doigts". Patrick Beurard-Valdoye.

  • Au cours d'une séance de performance poétique, Patrick Beurard-Valdoye a eu envie de noter quelques mots dans son carnet. Le Vocaluscrit est né. Il contient et sécrète cette part d'intimité dont l'auditoire parfois détecte l'énergie. De l'autre côté du miroir, Le métier de poète - Séances content les heurs et malheurs d'un poète invité à lire ses textes.

  • Ce sont des noms de lieux, des noms propres de couleurs, des noms perdus, des noms qui en disent long. Poèmes ou récits, poèmes traversés par le récit, ou comme le dit Patrick Beurard-Valdoye, par le narré, qui inventent à nouveau le nom, le font vivre au-delà de la surface des choses. Un imaginaire qui perturbe le sens, pervertit le dictionnaire, abstrait le nom des pesanteurs propres à son usage conventionnel pour le rendre à ses mémoires et à ses histoires multiples.

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  • Patrick Beurard-Valdoye est un de ceux à qui j´ai immédiatement pensé lorsque la collection est née. Avec Mathieu Brosseau, nous voulions rééditer cet ouvrage, Couleurre, qui était paru aux éditions du Limon en 1993, et qui aujourd´hui est introuvable.
    Alain Frontier dans ce texte de présentation définit bien les enjeux de ce livre où le poème tente de saisir le mouvement, toujours déjà échappé, qui se masque sous la perception de la couleur. Couleurre, comme si de la couleur infiniment perdue il fallait traverser le rayonnement, passer outre la sensation morte pour la faire advenir au recommencement vif d´une perception mise à nu.
    Patrick-Beurard-Valdoye est né à Belfort,il vit à Paris et à Anse, dans le Rhône. Le quatrième volume de son « cycle des exils », Le Narré des îles Schwitters, vient de paraître aux éditions Al Dante.
    F.R.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • La Fugue est - en arrière-pensée - celle de Friedrich Hölderlin et de Paul Celan. Celle de [Jean] Arthur Rimbaud et celle du fondateur de la Croix-Rouge [Jean] Henri Dunant (ils logèrent dans la même mansarde à quelques mois d'intervalle). Et celle surtout des prisonniers de la " Grande Guerre " en Allemagne, dont il ne faut plus taire le calvaire Enfin, celle de Gudrun Ensslin (membre de la Fraction Armée Rouge). Exil, enfermement : isolement. La poésie serait une cellule blanchâtre équipée d'une paillasse, d'un lavabo et d'une chaise, d'une table-écritoire et d'une fenêtre à barreaux. Au mur près de la fenêtre est accrochée une photo noir et blanc d'une jeune femme endimanchée. Le poète est derrière les grilles. Les mots qu'il porte atteignent avec difficulté le dehors. Ils sont comme des plans d'évasion que traduit mal l'extérieur inquiet Mais il faut avoir fréquenté la cellule pour mesurer la prison du dehors. Le site est le pays souabe : Stuttgart ; le Neckar ; la Forêt Noire. Avec en épicentre un lieu symbolique, sorte de Bastille près de Stuttgart : la forteresse de Hohenasperg, où furent jadis internés les démocrates et le poète Schubart, et qui accueillit encore les membres de la R. A. F.
    Ce cadre outre-Rhin entre en résonance avec deux villages du Territoire de Belfort proches du pays de Montbéliard. Le plus souvent, le poème - en prose ou en vers - s'appuie sur des témoignages oraux et des documents d'archives. Parfois le document est désigné poème. Parfois le montage fait poème. Sept passages pour appréhender le réel selon des points de vue - et donc des formes - différents. La figure de la poésie porte ici un nom : Lucile. Le poème devient aussi le dit du secret de famille. La Fugue inachevée s'achève en catastrophe, à propos de trois exilés infâmes : Pétain ; Laval ; Céline (Sigmaringen, 1944-1945). Pourquoi ces trois-là ? Car (peut-être) entre les mots fugue et fuir le dictionnaire français place le mot Führer. Car autour de la figure de Lucile gravitent des protagonistes qui, après avoir été exilés en Souabe entre 1914 et 1918, eurent affaire à un château où le cortège carnavalesque, conduit à Sigmaringen, fit une station bien trop embarrassante pour l'histoire de France. La poésie serait aussi la mémoire insomniaque des pages blanches de l'histoire. La poésie ne livre aucun verdict. Elle tisse des relations entre événements selon une ordonnance inhabituelle. Elle construit le narré. Elle pilonne la notion de vérité. Elle cherche à nommer le hasard d'un autre mot. Ma poésie. La Fugue inachevée est le quatrième volet du " Cycle des exils ".

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